La Floride n’a plus besoin de présentation. Ses plages, ses villes, ses attractions touristiques sont des classiques qui attirent, taux de change avantageux ou pas, des hordes de touristes venus y chercher un peu de chaleur et de soleil pendant les mois les plus frisquets. Mais aviez-vous déjà pensé à vous rendre jusqu’en Floride pour y pagayer sur ses rivières d’eau claire ?

La Floride a une topographie plutôt… plate. C’est-à-dire qu’il n’y a pas de montagnes, pas de dénivelée, pas de rivières d’eau vive. Les cours d’eau – et ils sont nombreux – sont donc des corridors plutôt tranquilles. Le sol floridien étant poreux, on y trouve un nombre important de sources d’eau qui, très souvent, se conjuguent pour former une rivière aux eaux limpides et chaudes. Ajoutez à cela une végétation tropicale et luxuriante, une faune abondante et une température plutôt agréable et vous avez le portrait idéal pour une sortie de canot des plus intéressantes.

C’est ce que nous nous disions justement, à notre départ de la maison au début du mois de mars, alors qu’il faisait -30 °C dehors. Le canot, bien attaché sur le toit, craquait de toutes parts et, comme nous, devait espérer des conditions plus clémentes !

Limités par le budget et le fait que nous n’avions qu’un seul véhicule (donc impossible de faire une navette), nous avons pagayé sur des rivières où la mise à l’eau était facile, dont le faible courant nous permettait de revenir sur nos pas à la mi-journée et où peu d’embarcations motorisées circulaient. Voici quatre suggestions de rivières dans la région d’Orlando où pagayer en canot, en kayak ou même sur une planche à rame. Il ne reste plus qu’à vous équiper de bonnes jumelles, d’un livre d’identification des oiseaux et d’un appareil photo, bien sûr !

La rivière Rainbow

Pour une première sortie, la petite rivière Rainbow est tout indiquée. On peut camper aisément dans le parc d’État du même nom et faire sa mise à l’eau après avoir parcouru quelques centaines de mètres jusqu’à la rampe. Situé à l’est de la petite ville de Dunellon, le parc est un endroit populaire, surtout tard en été, en grande partie en raison de l’importante source d’eau qui y jaillit. Claire et chaude (22 °C toute l’année), elle est la quatrième en importance au pays et produit deux-milliards de litres par jour. Au début du mois de mars, la météo est plus fraiche cependant et les touristes sont moins nombreux à venir s’y baigner. Idéal pour canoter…

On peut pagayer doucement ou même se laisser porter par le courant en écarquillant les yeux afin d’observer ibis, aigrettes, anhingas, tortues et… alligators, qui se laissent approcher de façon surprenante. Selon le rythme de la descente, on atteindra ainsi la rivière Withlacoochee, quelque dix kilomètres en aval. Si on le désire, on pourra poursuivre l’aventure sur cette rivière plus large et surtout plus passante ou retourner sur ses pas en remontant le courant, plutôt faible. Ayant pris soin de planifier un retour assez hâtif, il faudra dépasser le point de mise à l’eau et pagayer encore un peu en amont afin de se rendre à la tête de la rivière proprement dite. La rivière débute soudainement, là où la source jaillit du sol. Un fait intéressant en soi, mais si l’on ajoute que l’endroit a été aménagé pour que l’on puisse s’y baigner en toute sécurité (lire sans alligators), le petit détour en vaut largement la peine. Quelle belle façon de terminer une journée de canotage que de se baigner dans une eau limpide et chaude ! Le paradis existe…

La rivière Crystal

Située aux abords du golfe du Mexique, cette rivière est très différente de la première. En fait, nous n’avons pas suivi notre plan initial d’y pagayer doucement une journée, plusieurs personnes du coin nous ont suggéré un autre parcours. Je vous explique. Près de la petite ville de Crystal River (vous vous en doutiez…), la rivière prend sa source dans Kings Bay. Même si l’endroit est entouré d’un parc d’État et de réserves marines et fauniques de toutes sortes, force est d’admettre que Kings Bay a connu un développement commercial et domiciliaire important. Une fois au poste d’accueil du parc, on se rend bien compte que l’endroit est populaire auprès des pêcheurs qui utilisent de gros bateaux à moteur. Hum ! Pas génial pour nous qui sommes en canot. De plus, la rivière est soumise à la marée, ce qui peut compliquer notre planification de la journée, car il nous est difficile de pagayer contre le courant normal combiné à celui de la marée, le cas échéant. Bref, la suggestion des gens du coin a été de retourner sur la route 19 et d’emprunter ensuite la 494, autrement nommée Ozello Trail, afin de stationner l’auto au parc communautaire du coin. De là, on peut pagayer en eau saumâtre et peu profonde dans la région où la rivière se jette dans le golfe. Une expérience très différente !

Contrairement à la rivière Rainbow, étroite et bordée par une forêt verdoyante, l’environnement de la rivière Crystal est ouvert et la seule végétation consiste en ilots de palétuviers. Le point de mise à l’eau dispose d’un grand stationnement gratuit et il est très facile d’y déposer le bateau, tout près de l’eau, si on le désire. Il reste à souhaiter que le vent ne se lève pas trop et qu’on retrouve notre chemin ! Il faut dire que les palétuviers, même s’ils sont rabougris, forment des canaux dans lesquels il est facile de se perdre, du moins momentanément. Et que dire de ces bancs d’huitres qui, soudainement, stoppent toute progression alors que la coque s’y frotte bruyamment ? Bof ! Pas d’inquiétude, car au loin, on voit bien la fumée de la centrale nucléaire et il suffit parfois de se lever dans le canot pour voir suffisamment loin et trouver le bon chenal. Une expérience inattendue, mais bien agréable.   

 

La rivière Silver

Ici encore, comme pour la rivière Rainbow, il s’agit d’une petite rivière créée par une importante source d’eau claire qui a contribué à la création d’un parc d’État. Situé à l’est de la ville d’Ocala, le parc est populaire et a été aménagé à l’endroit où la source fait surface. Plusieurs bâtiments ont été construits et des bateaux à fond de verre offrent des tours pour admirer le paysage sous-marin. Idéalement, on peut camper au parc lui-même et ainsi facilement mettre à l’eau en empruntant un sentier d’environ un kilomètre (vive les petits charriots de transport !) qui pénètre dans la forêt pour se terminer à une rampe de mise à l’eau bien aménagée. Si l’on couche dans les environs (ce qui a été notre cas parce que le camping affichait complet dans le parc), c’est en payant les droits d’accès au parc que l’on a accès au stationnement près du sentier. On ne peut toutefois pas y laisser le véhicule pendant la nuit ; la sortie ne peut donc durer qu’une seule journée.

De retour sur une rivière étroite, claire et bordée par une végétation impénétrable (une fois sur la rivière, on oublie les pauses pipi), nous avons vraiment l’impression de pagayer sur une rivière tropicale. Encore ici, la stratégie est la même : pagayer lentement et, à l’occasion, se laisser silencieusement glisser près d’un oiseau à observer. Oiseaux, tortues et alligators, la fréquence des observations ralentit notre progression. N’est-ce pas là le but même de cette sortie ? Soudainement, notre descente s’arrête. Non, nous n’avons pas la berlue, il y a des singes ! Une bande de macaques font… les singes. Surpris, nous passons en mode observation pour les 20 prochaines minutes ! On nous apprendra par la suite que ces singes ont été introduits en 1938 par un voyagiste afin de donner un attrait particulier à ses sorties. Les singes survivent dans le coin depuis. Et non, ce ne sont pas les singes d’un film de Tarzan qui aurait été tourné dans le coin, comme le veut la légende.

Ici encore, le rythme de la progression détermine la distance parcourue. On peut facilement pagayer jusqu’à l’embouchure de la rivière Oklawaha, soit une distance de neuf kilomètres, aller seulement, puis revenir sur ses pas, dans une petite journée. Pour les plus hardis, la Oklawaha poursuit sa course en longeant le parc Ocala et offre un parcours de plusieurs jours.

La rivière Wekiva

Voilà une rivière qui se prête bien à une sortie de plusieurs jours en raison de sa longueur, mais aussi de ses nombreux points de mise à l’eau et des nombreux campings rustiques ou aménagés qui la jalonnent. D’une longueur approximative de 26 kilomètres, la rivière débute aux environs de la ville d’Apopka pour se jeter finalement dans la rivière St. John plus au nord. Malgré sa longueur, elle convient bien à des sorties d’une journée. Nous avons d’ailleurs décidé de l’explorer en deux journées distinctes en mettant à l’eau à deux endroits différents.

Le premier point de mise à l’eau se trouve près de la source, à King’s Landing. Avec un stationnement payant et la possibilité de louer des embarcations sur place, le lieu est assurément un endroit bien populaire. N’empêche, une fois sur la rivière, nous ne croiserons que quelques kayaks. Reprenant le même concept, éprouvé lors des dernières sorties, nous prévoyons de rebrousser chemin à la mi-journée, de manière à arriver à temps pour récupérer l’automobile stationnée derrière une barrière qui se referme en fin d’après-midi. La beauté du lieu, la fréquence des pauses d’observation, devenues chose courante, et la force du courant aussi nous obligent à nous activer un peu plus qu’à l’habitude afin de nous rendre jusqu’à Wekiva Island et être de retour avant que la barrière ferme. Un bon exercice…

Pour notre dernière sortie sur la rivière, nous optons pour un camping au Wekiva Falls RV Resort. Nous laissons notre automobile au terrain de camping et marchons quelques mètres avant de mettre à l’eau sur une portion très différente de la rivière. Nous sommes encore une fois surpris par l’absence d’autres embarcations, mais très reconnaissants à celle qui est motorisée et qui entretient le parcours… C’est qu’en maints endroits la végétation sur l’eau est tellement dense qu’elle freine littéralement toute progression. Il semble y avoir un effort d’entretien alors que visiblement un chenal est entretenu en coupant les algues et autres plantes flottantes. Avec un peu plus de temps, on aurait pu explorer d’autres portions de cette jolie rivière, mais comme on dit souvent : il nous faudra y revenir…

Texte et photos : Dany Coulombe
Magazine Camping Caravaning, vol. 22/no 8, décembre 2016-janvier 2017.


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