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Un hiver en Floride

Lise et moi avons repris la route, cette fois pour la Floride. Après avoir parcouru l'Amérique du Nord pendant un an et demi, à bord de notre Grande bleue, nous voulons explorer le royaume des «snowbirds», que nous connaissons peu. Joignez-vous à nous pour ce nouveau périple.
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Notre vie sur la route

 

Au milieu du mois de juillet, nous sommes allés chercher La grande bleue. C’est ainsi que nous avons décidé d’appeler notre nouvelle autocaravane. Dans quelques années, comme Jack Kerouac au début de On the Road, nous pourrons dire que c’est ce jour-là qu’a commencé notre vie sur la route. On ne s’attend pas à ce qu’elle soit aussi déjantée que celle de ce bon Jack, car on a passé depuis longtemps l’âge d’être beatnik. Mais c’est incontestablement une nouvelle vie qui, ce jour-là, a débuté.

Elle n’a d’ailleurs pas très bien débuté, pour être honnête. La prise de possession s’est bien passée. Bien sûr, on était un peu stressés d’avoir payé si cher pour un joujou qui roule sur six roues. Déjà que nous ne sommes pas forts en mécanique. Or il y a là-dedans, outre un gros moteur Mercedes, six ou sept petits moteurs, qui pour faire monter ou descendre le lit, qui abaisser ou relever le dossier des fauteuils, qui faire sortir ou rentrer l’auvent, et j’en passe.

Pendant deux heures, un monsieur de chez VR St-Cyr nous a expliqué en long et en large comment fonctionnait ce gros machin un peu capricieux. Il était très gentil, très attentionné, mais c’était trop. Tant de choses à savoir, à retenir. Tant de choses où l’on peut se planter. Tant de choses qui peuvent se briser. Mais bon, j’ai fini par me mettre au volant de La grande bleue pour revenir à Montréal et tout a bien roulé. Elle a pris sa place, tout naturellement, au milieu des autos et des camions.

C’est le lendemain que les choses se sont gâtées. Tout d’abord, Lise, qui était allée porter des objets à l’autocaravane, est revenue avec une contravention. Non, La grande bleue n’était pas dans un endroit interdit. Oui, on avait mis des sous dans le parcomètre. Mais il y avait un panneau, qu’on n’avait pas vu et qui indiquait qu’une heure par semaine, plus précisément de 22h30 à 23h30 le mardi soir, on ne peut se garer à cet endroit-là. Paraît-il que c’est pour l’entretien. Moi, je n’ai jamais vu un col bleu entretenir ce bout de rue. À cette heure-là, il n’y a là que leurs collègues colleux de contraventions, pas mal plus zélés.

Peu après, on s’est fait engueuler par une dame qui travaillait en face. Elle nous a dit qu’on n’était pas «gentils» parce que l’autocaravane rendait difficile l’entrée dans le parking de son bureau. J’avais pourtant fait bien attention de ne pas bloquer l’entrée. Alors, disons que je me suis beaucoup retenu.

Nous avons eu un autre souci. Le frigo ne fonctionnait pas. J’appelle VR St-Cyr. Au bout du fil, on me demande où est garé le VR.

– Dans la rue.

– Penche-t-il?

– Oui.

Alors, c’est normal. Les frigos des autocaravanes ne fonctionnent habituellement pas s’ils ne sont pas au niveau. Je l’avais déjà su. Mais c’est fou comme on oublie vite.

Bref, c’est dans ce contexte un peu tendu que nous avons chargé La grande bleue et que nous nous sommes préparés à partir. Un peu trop vite d’ailleurs. Nos amis Daniel et Louise, qui nous ont initiés au caravaning, n’auraient pas été fiers de nous. Oui, nous avions oublié de vérifier si toutes les armoires étaient bien fermées. Et bien sûr, il y en avait une qui ne l’était pas. Nous venions à peine de partir qu’on a entendu bang. La porte du garde-manger s’était ouverte violemment. Lise a crié de désespoir. J’ai aussitôt repéré un endroit où je pouvais arrêter sans bloquer le trafic pendant que ma fidèle copilote, un peu plus énervée que d’habitude, allait remettre les choses en place.

À peine franchi le pont Champlain, nouveau souci : le clignotant du niveau d’huile s’est allumé. La moutarde commençait à me monter au nez. Nous venions d’aller chercher un gros truc qui venait de creuser un gros trou dans notre compte de banque, et déjà l’huile manquait. Non, mais je rêve. Pire, je cauchemarde. Je m’arrête à la première halte. On vérifie le niveau d’huile. Tout semble impeccable. On repart, le clignotant a cessé de clignoter. Que s’est-il passé? Mystère!

À Magog, il nous faut nous arrêter pour faire des courses. Mais Arthur, le petit teckel qu’Étienne nous a confié pour 15 jours, n’aime pas du tout. Chaque fois que nous le laissons dans sa cage, il se met à geindre ou à japper. De plus, il commence à pleuvoir. On se dépêche.

Pour se rendre ensuite au camping, on a besoin du GPS. Nous disposons d’un merveilleux Tomtom, sauf qu’il est mal programmé. La voixest presque inaudible. Heureusement qu’il y a l’image et les indications, sinon on perdrait la voie. Lise surveille l’écran du mieux qu’elle peut pour me guider. Nous finissons par arriver au Camping du lac Massawippi sains et saufs.

Nouveau souci au moment de reculer pour installer La grande bleue. Il y a bien une caméra de recul, mais je n’arrive pas à trouver l’image qu’elle renvoie. Je recule à l’aveuglette et je dois me reprendre à plusieurs reprises. Décidément, il y a bien des trous dans le cours de caravaning 101 que nous avons eu la veille.

On s’en rend compte aussi en déployant l’auvent. En principe, il n’y a qu’à appuyer sur un bouton pour que sorte notre beau parasol italien. Ne reste plus qu’à le fixer aux parois du véhicule. La veille, tout avait l’air si facile. Mais là, le bel auvent est tout mollasson au lieu d’être superbement tendu. Quelques bons samaritains s’empressent de venir à notre secours. Mais c’est souvent le cas, ils sont plus gentils qu’utiles. Finalement, on décide de rentrer l’auvent. On verra bien demain.

Si l’auvent n’est pas tendu, Lise, elle, l’est au max. Moi, je suis plutôt en rogne. Je me rappelle tout d’un coup ce que m’avait lancé une belle-sœur récemment : «Tu passes ton temps à chialer. Si t’aimes rien ni personne, peut-être que tu devrais rester chez vous.» Ça m’avait amusé sur le coup. Mais là, je commence à me demander si elle n’a pas raison.

Nous nous sommes couchés complètement vannés. Comme il faisait très chaud, nous n’avons fermé que la porte-moustiquaire. Mais quelques heures plus tard, la pluie s’est mise à tomber violemment. Et avec la pluie est arrivé le froid. Le drap ne suffisait plus. Nous avons ajouté une couverture, mais elle n’était pas assez épaisse. Il y avait bien un chauffage, mais nous ne savions pas comment le faire fonctionner. Il aurait fallu ouvrir l’éclairage, consulter le mode d’emploi, mais j’ai eu peur que le chien ne se remette à geindre. Grelottants, nous nous sommes blottis l’un contre l’autre. Malgré le froid, le tonnerre et le fracas des orages sur la toiture, nous avons fini par nous endormir. La fatigue sans doute.

Le lendemain matin, il faisait un soleil radieux. Nous aussi, on se sentait déjà mieux. Même Arthur était plus calme. Nous avons pris un bon petit déjeuner, nous nous sommes donné un temps pour mieux nous installer, puis nous sommes allés nous baigner. L’eau était fraîche mais bien agréable. Tout autour, le paysage était magnifique. Lise et moi, nous nous sommes rapprochés et nous nous sommes souri. Nous nous sommes dit que notre deuxième journée sur la route serait certainement meilleure que la première. Et de fait, elle le fut.

Et ce soir-là, juste avant d’aller au lit, nous sommes sortis regarder toutes ces étoiles qu’on ne voit jamais à Montréal. L’histoire ne fait que commencer.

À bientôt.

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