En voyage, la maladie, les blessures et les accidents constituent des sujets dont on préfère ne pas parler, peut-être par crainte d’attirer le mauvais sort. Il vaut cependant mieux balayer ce relent de superstition et envisager qu’une telle chose puisse un jour frapper sans prévenir. De cette façon, lorsque cette éventualité se présentera, on sera mieux préparé à y faire face.

Dans l’ensemble, les Québécois sont choyés par la qualité du régime universel de soins de santé. Un bobo ou un malaise et, hop, en route vers le CLSC ou une clinique d’urgence pour régler le problème sans avoir à débourser un sou. Certes, nous rouspétons contre les longues heures en salle d’attente, mais au moins nous n’avons pas à payer pour nous faire soigner.

Aux États-Unis

Les choses sont fort différentes lorsqu’on s’absente du Québec, pour un voyage aux États-Unis, par exemple. Dans ce pays, les soins de santé relèvent du secteur privé. Certes, il y a bien ce qu’on nomme familièrement « Obama Care », une initiative de l’actuel président, permettant à chaque Américain de recevoir des soins de santé, peu importe sa situation socioéconomique, mais ce régime ne s’applique pas aux étrangers. Dans le cas d’un citoyen québécois en territoire américain, la Régie de l’assurance maladie du Québec lui permet de recevoir gratuitement tous les soins requis par sa condition. Il continue donc d’être couvert. Voilà pour la théorie.

Dans les faits, pour évaluer le cout des soins assurés à l’étranger, la RAMQ se base sur sa grille tarifaire s’appliquant aux actes médicaux sur le territoire québécois. Or, si ces tarifs s’avèrent suffisants pour des soins prodigués au Québec, il n’en va pas de même à l’étranger. Les hôpitaux étatsuniens sont avant tout des entreprises privées dont l’objectif est la rentabilité et, à en juger par la beauté architecturale de ces bâtiments, le profit est au rendez-vous. À l’opposé, nos hôpitaux sont publics et dans leur cas, la logique du profit ne s’applique pas. Deux pays, deux cultures opposées.

Pour se couvrir : plus que la RAMQ

À cause de cela, un Québécois qui reçoit des soins chez nos voisins du Sud doit savoir que les sommes qui lui seront remboursées par la RAMQ ne combleront pas le total de la facture étatsunienne. L’écart entre les deux pourrait rapidement atteindre plusieurs milliers de dollars, selon les soins reçus, d’où l’importance d’avoir souscris à une bonne assurance voyages (voir encadré).

S’il survient un malaise ou un accident et que des soins médicaux sont requis à court terme, que faut-il faire ? Il existe deux solutions, la première étant couteuse et ultimement compliquée tandis que l’autre est nettement plus rassurante.

La méthode couteuse

La moins bonne des solutions se déroule comme suit : le malade ou l’accidenté se présente à l’hôpital ou dans une clinique d’urgence et il paye les frais exigés par l’établissement. Ce faisant, il est facturé à un prix non seulement nettement supérieur à ce que la RAMQ lui remboursera, mais également plus élevé que celui que l’assureur pourrait négocier pour ces mêmes soins.

Nous l’avons dit précédemment, le système médical américain vise le profit. Dès que vous vous présentez à l’urgence d’un hôpital et avant même de vous prodiguer des soins, on vous demande si vous avez des assurances ou si vous avez une carte de crédit. Une réponse affirmative à cette question ouvre immédiatement la porte des ressources de l’hôpital.

C’est qu’avant de s’engager à donner des soins à un citoyen étranger, l’établissement vérifie qu’il sera payé pour ses services. Un assureur ou, à la limite, une carte de crédit lui donne l’assurance d’être remboursé. Il ne faut pas oublier qu’il est très difficile de récupérer des sommes dues après que la personne a quitté le pays. Les lois qui encadrent la récupération de sommes impayées varient d’un pays à l’autre et rend fort complexe le travail des agences de recouvrement en dehors des frontières de leur pays. 

 

Le Québécois qui assume lui-même le paiement des frais médicaux reçus à l’étranger doit, à son retour au pays, s’occuper également de toutes les démarches auprès de la RAMQ pour obtenir un remboursement d’une partie de ses frais. Ce n’est qu’après avoir franchi cette étape qu’il peut demander à son assureur de combler l’écart entre les montants déboursés et ce que la Régie lui a accordé.

Non seulement cette procédure bureaucratique est-elle fastidieuse, mais elle peut aussi occasionner des retards considérables avant que l’on arrive à un règlement. De plus, la personne se fera sermonner par son assureur qui lui reprochera d’avoir payé beaucoup trop cher pour des soins qu’il aurait pu, lui, négocier à bien meilleur prix compte tenu du volume important de ses transactions avec les hôpitaux étrangers.

Pour qu’il ne vous en coute pas un sou

À la lumière de ce qui précède, on comprend pourquoi il vaut mieux ne pas régler soi-même ses frais médicaux à l’étranger. Venons-en maintenant à la solution la plus efficace.

Avant même de se présenter à l’hôpital ou chez le médecin, il est essentiel de contacter son assureur pour l’informer de la situation. L’assureur doit absolument autoriser les soins qui vous seront donnés. Si, par la suite, d’autres visites ou soins sont requis, chaque fois, vous devrez le contacter à nouveau pour obtenir son autorisation.

N’ayez crainte, les soins requis ne vous seront pas refusés à cause de cette exigence, mais l’assureur tient à vérifier que les soins prodigués sont médicalement requis avant de s’engager à les rembourser. En clair, si le médecin qui soigne votre fracture ou votre appendicite exige six visites de contrôle subséquentes, vous devrez, pour chacune, informer d’abord votre assureur et requérir son consentement.

D’ailleurs, votre assureur se mettra en contact direct avec le médecin traitant pour obtenir un rapport médical justifiant chacune des visites. En prenant cette simple précaution, l’assuré se garantit la tranquillité d’esprit – tellement importante en cas de problèmes de santé – et s’évite aussi bien des tracas administratifs, tout cela sans avoir à sortir un sou de sa poche.

S’en remettre à l’assureur

En terminant, nous vous servons une dernière mise en garde. Il peut arriver, pour une raison ou une autre, qu’un établissement de santé américain trouve que le remboursement par l’assureur tarde. Dans ce cas, il arrive souvent qu’il achemine une facture directement à la personne ayant reçu les soins, l’enjoignant de rembourser les sommes dues. Chaque mois qui passe, une nouvelle facture, toujours plus insistante, est expédiée.

En agissant ainsi, l’établissement espère que le client, soucieux de préserver sa cote de crédit, règle la facture. Or, c’est exactement ce qu’il ne faut pas faire. Tout d’abord, le montant facturé sera beaucoup plus élevé que celui que paiera l’assureur, après une négociation serrée avec l’établissement.

Deuxièmement, lorsqu’il tentera de récupérer ce montant de son assureur, le client devra expliquer pourquoi il a accepté de payer un tel montant alors que son assureur transigeait avec l’établissement pour régler le litige. Qu’on se le tienne pour dit : quiconque a souscrit à une assurance voyage doit faire confiance à son assureur durant tout le cheminement de son dossier, point à la ligne.

Par Paul Laquerre
Magazine Camping Caravaning, vol. 20/no 8, décembre 2014-janvier 2015.

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