Les Îles-de-la-Madeleine sont une destination vacances estivale très prisée par les campeurs. Vous serez étonné d’apprendre qu’elles ne perdent nullement de leur attrait lorsqu’elles se couvrent de neige. Au contraire, l’environnement insulaire se transforme radicalement et la nature devient aussi spectaculaire qu’imprévisible…

Voyage à motoneige

En février 2012, un groupe de motoneigistes embarque sur le traversier, le CTMA Voyageur au départ de Matane en direction de Cap-aux-Meules. Depuis déjà quelques mois, ils ont répondu positivement à l’invitation des Madelinots à se joindre à eux pour le Festival de motoneige du club de l’ile de Havre-Aubert. Toutefois, à l’embarquement, l’ambiance est plutôt à l’inquiétude. Le manque de neige aux Îles est criant et la glace met en péril l’expédition. Mais finalement, le ciel décide de se délester de plus de 20 centimètres de belle neige toute neuve sur l’archipel. La fête peut commencer !

Croisière sur glace

La navigation hivernale entre Matane et les Îles-de-la-Madeleine constitue à elle seule une aventure marquante. Moins d’une quinzaine de passagers prennent place à bord du Voyageur. Ils sont servis par un personnel exceptionnellement . Le confort est rudimentaire, mais on l’oublie devant la pizza aux fruits de mer surmontée d’une montagne de gros pétoncles, de crevettes et de pinces de homard.

La rencontre des premières glaces saisit tous les passagers. La coque heurte violemment la banquise, provoquant un fracas impressionnant et soumettant le navire aux réverbérations du choc. Peu après le départ, le bateau est saisi en étau dans les glaces. Il recule. Reprend son élan et laboure son chemin jusqu’à bon port à travers la masse figée. C’est dans cette ambiance unique que se déroule la croisière, tant le jour que la nuit.

Découverte à motoneige

Les habitués des Îles-de-la-Madeleine savent à quel point le charme de cette destination singulière est directement lié à la personnalité attachante de sa population. Si cette affirmation est vraie pour l’été, imaginez l’hiver. C’est le moment où les Madelinots se retrouvent en famille, et vous faites partie d’une poignée de visiteurs reçue par les 250 membres du club de motoneigistes dont chacun s’est investi du mandat de vous faire passer un séjour inoubliable. Attelez-vous et préparez-vous à veiller tard !

Les trois premiers jours aux Îles ont permis de faire le tour du circuit de sentiers de motoneige insulaire tout en découvrant une multitude de sites étonnants et de points de vue toujours spectaculaires. Si personne ne se surprend de rouler en forêt sur le continent, on s’imagine les Îles-de-la-Madeleine plutôt dépourvues à ce chapitre. La motoneige nous fait pourtant découvrir un couvert forestier relativement important au Bassin et à Havre-Aubert, essentiellement composé de résineux. Plus caractéristiques des Îles, les grands espaces dénudés, les longues lagunes, les baies profondes, les falaises ocre et les buttes venteuses éblouissent les habitués autant que les nouveaux visiteurs qui n’ont jamais la chance d’admirer ces panoramas en mode hivernal. On s’amuse à grimper sur les collines rondes d’où le regard porte loin sur l’archipel et vers l’ile d’Entrée, détachée des autres et qui ressort comme un immense iceberg au milieu de la mer figée. Sur les lagunes et les baies, c’est un paysage complètement différent qui s’offre. La longue traversée de la baie du Havre-aux-Basques nous plonge dans un décor arctique dont on s’écarte pour aller voir les cabanes de pêche aux couleurs acadiennes ou pour longer la route 199 et son alignement de poteaux qui font également partie de l’imagerie typique des Îles.

Les phares, plus encore, sont des points de repère dans notre vision du milieu maritime et celui de L’Étang-du-Nord est facilement approchable à motoneige. À ses pieds, tout comme aux environs du phare de L’Anse-à-la-Cabane, la côte ciselée et rougeoyante est d’une beauté saisissante, découpée par le bleu dense d’une mer sur laquelle pointent quelques blocs de glace immaculés. L’église du Bassin ajoute un ton solennel à cette vision fabuleuse. Et l’on ne peut manquer de passer par les quais où les bateaux de pêche attendent stoïquement le retour du printemps, juchés sur leurs tréteaux. C’est beau partout et bien plus encore lorsque le soleil prend le contrôle et nous donne une journée de temps radieux comme il l’a fait. Et puis, il y a de la neige comme on n’en a pas vu depuis des décennies. Naviguant parfois sur des profondeurs de neige surprenantes, que les motoneiges projettent en tous sens, nous allons même jusqu’à La Grave, le site touristique par excellence des Îles, totalement désertée alors que le soleil se pose sur les maisons agglutinées au flanc des buttes.

Activités hivernales et festives

Outre la motoneige, la liste des activités proposées en hiver est beaucoup moins importante qu’en été, mais il y a quand même bien des choses à faire. Les lagunes peu profondes qui s’étirent sur des dizaines de kilomètres de longueur se transforment en terrain idéal pour le ski cerf-volant (kite snow), le paraski et toutes les variantes de voile-traction hivernale. On peut aussi loger en iourte, marcher, skier et faire de la raquette partout sur la neige durcie, longer les falaises de la Dune du Sud et se balader des heures sous le vent, dans un décor grandiose. Pour toutes ces activités, la référence demeure le pourvoyeur Vert et Mer, situé à Fatima.

Les Madelinots possèdent leur réseau de pistes de ski de fond entretenu par les bénévoles du club local et ils le partagent gratuitement avec les visiteurs. Un sentier linéaire de 11,4 km traverse l’ile du Cap-aux-Meules. Un deuxième (5,7 km) se trouve dans le secteur Lavernière et il en existe un autre à Havre-Aubert.

Deux évènements incontournables ponctuent la saison froide aux Îles : la Mi-Carême et la Grande mouvée. Dans la lignée du Mardi gras de La Nouvelle-Orléans, la Mi-Carême se célèbre comme une pause festive à la mi-temps du carême. On la fête à L’Isle-aux-Grues, en Acadie et aux Îles-de-la-Madeleine, principalement dans la paroisse de Fatima.

Quant à la Grande mouvée, il s’agit de la période de mise bas des phoques qui commence fin février, début mars. Des dizaines de milliers de blanchons naissent alors sur la banquise lorsque cette dernière peut se former. Des forfaits d’observation sont organisés par l’hôtel Le Château Madelinot qui nous amène en hélicoptère au beau milieu de cette mouvance irréelle. Si vous avez un petit creux après cette aventure, passez par la fromagerie du Pied-de-Vent, à Havreaux-Maisons, qui produit aussi la divine Tomme des Demoiselles. La fromagerie abrite de plus un économusée du fromage. La Mi-Carême a également son économusée ouvert hors saison sur réservation pour de petits groupes. L’hiver aux Îles-de-la-Madeleine ? Tout simplement éblouissant !

Texte et photos : Yves Ouellet
Magazine Camping Caravaning, vol. 19/no 8, décembre 2013-janvier 2014. Acheter ce numéro

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