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Le VR : le nouveau refuge des travailleurs autonomes

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Partir pendant quatre, cinq ou six mois en VR à l’extérieur du Québec est devenu la norme pour de nombreux caravaniers désormais à la retraite. Parcourir ces mêmes routes en VR tout en demeurant actif sur le marché du travail constitue toutefois un exploit. Un beau défi que relèvent de plus en plus de travailleurs, jeunes et moins jeunes, qui adorent changer le décor de leur « bureau » au gré de leur humeur.

Ne cherchez pas Luc Rousseau et Ève Leblanc au Québec ces jours-ci. Ni ailleurs au pays. Sans voiture ni bail depuis le printemps dernier, le couple travaille et vit actuellement à temps plein dans son autocaravane de classe B Safari Condo de 6 m (20 pi), achetée d’occasion. Cet expert en développement web, âgé de 41 ans, et cette technicienne en comptabilité, âgée de 38 ans, ont même vendu tous leurs meubles. Lorsque nous les avons joints pour cet article en juillet dernier, les deux caravaniers originaires de la ville de Québec et leur chat P’tit biscuit venaient de jeter l’ancre dans un camping de Florence, en Oregon, sur le bord de l’océan Pacifique.

Internet et signal cellulaire

Après avoir séjourné plusieurs semaines à Mesa Verde au Colorado, à Moab dans l’Utah, à Lake Tahoe au Nevada, et au Crater Lake National Park en Oregon, les deux campeurs ignoraient totalement quelle allait être leur prochaine destination. « Pourvu que nous ayons un accès internet haute vitesse et du signal pour nos deux téléphones intelligents, nous pouvons travailler à partir de n’importe où », raconte le couple, parti en direction de l’Ouest américain en mai dernier. Le retour s’effectuera quelque part en novembre, juste à temps pour la période des Fêtes.

Savourer chaque destination

« S’il vous plait, n’écrivez pas dans votre article que nous sommes en voyage. Il s’agit pour nous de notre nouveau mode de vie », insiste Ève lors de la discussion. Le voyage comme tel, indiquent-ils en choeur, ils l’ont déjà fait en 2017. « Ce fut un vrai marathon », signale Luc Rousseau, dont la voix s’essouffle juste à évoquer le souvenir de ce premier long périple. Le plan était le suivant : Ève quittait son emploi et Luc, qui dirige sa propre entreprise, continuait de travailler sur la route pour subvenir aux besoins du duo.

« En six mois, nous avons parcouru les plus beaux parcs américains. Badlands, Canyonlands, Arches, Bryce, Yosemite, Yellowstone, Grand Tetons, Grand Canyon, Sequoias, Olympic… On les a tous visités. Cette “course” à vouloir contempler les plus beaux endroits naturels américains, tout en travaillant 40 heures/semaine du lundi au mercredi, m’a complètement épuisé. Au retour, j’ai eu besoin d’un mois complet pour me reposer… et de plusieurs autres pour rembourser la dette occasionnée par ce voyage », raconte le caravanier qui partage les récits du couple sur Facebook et Instagram (sous le nom Lenezdehors).

Au départ, Luc et Ève avaient l’intention de revendre le VR une fois qu’ils reviendraient au Québec. Le couple a cependant changé d’idée. « Nous avons tellement aimé plusieurs aspects de l’expérience que nous étions prêts à recommencer. Nous nous sommes donc préparés autrement pour notre actuel déplacement », poursuit Luc.

Finis maintenant les listes d’attraits et les agendas de voyage. « Cette fois-ci, on prend le temps de savourer et de vivre chaque endroit où l’on s’arrête. On se déplace désormais au gré de la météo et des activités (randonnée, bateau flottant, vélo) que l’on souhaite pratiquer le weekend. Si l’on veut demeurer deux semaines au même endroit, on y reste. Il n’y a plus de stress », dit-il.

Deux revenus plutôt qu’un

Autre changement majeur dans ce deuxième circuit longue durée : le couple vit maintenant sur la route à l’aide de deux revenus. En effet, Ève s’est trouvé un boulot en comptabilité auprès d’une entreprise qui permet le télétravail. Grâce aux deux revenus, le couple peut subvenir aux principales dépenses mensuelles que représente son mode de vie nomade, soit les frais de télécommunications (250 $), les frais de location d’emplacements de camping (environ 720 $), l’épicerie et l’essence.

Séduit et satisfait de cette nouvelle formule, le couple Rousseau-Leblanc prévoit déjà d’aller passer l’hiver en Floride à compter de janvier prochain. Ensuite, ce sera le retour au Québec pour une année complète, question d’être en règle avec la RAMQ. Néanmoins, l’Alaska et la péninsule Baja California, au Mexique, figurent déjà dans les plans des deux caravaniers qui ont bien l’intention de poursuivre leur exploration du continent nord-américain dès 2021. 

 

Byebye maison

Alexandre Grégoire et Valérie Beaupré, deux jeunes trentenaires, ont eux aussi dit « byebye maison, garage, platebande et cour arrière » pour travailler et vivre à temps plein sur la route. Lui, courtier hypothécaire, et elle, vidéaste et youtubeuse, ont vendu leur maison en juillet 2017 pour faire le tour de l’Amérique du Nord. Ils ont d’abord parcouru les routes de l’Ouest américain, de l’Alaska et de la côte ouest du Mexique à bord d’une camionnette Ford 150 et d’une caravane Winnebago Micro Minnie auquel le couple a ajouté des panneaux solaires, quatre batteries 6 V et un onduleur. Depuis l’automne dernier, le couple a changé de caravane pour une Airstream GlobeTrotter 2018.

Avant d’adopter la vie nomade, Alexandre et Valérie ont fait des recherches intensives sur le web pendant au moins six mois. Comment pouvaient-ils travailler et voir du pays en même temps ? Combien cela leur couterait-il ? Quel type de VR leur conviendrait-il ? « Et j’ai surtout fait un test », insiste le financier qui compte un peu plus de 300 clients. Pendant quatre mois, Alexandre a travaillé uniquement de la maison. Que des contacts par téléphone et courriels avec ses clients. « Il fallait que je m’assure qu’il était possible de bien servir ma clientèle à distance », explique le jeune caravanier qui relate les aventures du couple sous forme de minisérie web sur le site pretspourlaroute.com.

En attendant de partir en direction du Mexique en novembre prochain afin d’y passer l’hiver, Alexandre et Valérie campent ici et là au Québec. Au moment de cette entrevue effectuée en juillet, le tandem campait dans la cour de la mère de Valérie à Saint-Joachim avant de partir quelques semaines en direction des iles de la Madeleine.

L’hiver en VR, l’été en bateau

Voilà déjà près de 15 ans que Cherie Ve Ard et Chris Dunphy, tous deux âgés de 46 ans, n’ont eux aussi aucune adresse fixe. Chris, originaire de Silicon Valley, en Californie, et Cherie, qui vient de Jacksonville, en Floride, explorent chaque parcelle du territoire nord-américain à bord de leur VR. Après avoir vécu les premières années dans deux petites caravanes de moins de 6 m (20 pi), le couple sillonne le pays, depuis 2011, au volant de Zephyr, un vieil autobus GM 4016 de 1961 converti en VR.

Le réaménagement de l’autobus a couté un peu plus de 100 000 $ afin de répondre aux besoins du couple et de son entreprise, indique Cherie Ve Ard par courriel. Cherie et Chris ont fondé Technomadia, une entreprise de services et de ressources mobiles qui permet aux caravaniers et aux propriétaires de bateaux d’accéder au web, peu importe où ils se trouvent à travers le pays.

Depuis le printemps 2017, le couple Ve Ard-Dunphy a modifié un peu son traintrain quotidien. Il passe également une partie de l’année sur l’eau, notamment les mois d’été, à bord d’un yacht Bayliner. Leur objectif : « Nous n’en avons pas vraiment, répond candidement Cherie. Mis à part de nous faire de nouveaux amis en cours de route et de partager un verre (ou deux) de vin, nous apprécions chaque moment qui nous permet d’alimenter le journal de bord de nos vies. »

Par Claudine Hébert
Magazine Camping Caravaning, vol. 25 no 7, octobre-novembre 2019

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