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Récit de caravaniers à la conquête de l’Ouest

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L’Alberta francophone

Oui ! Ils sont vivants !

Même si leurs familles ont quitté le Québec depuis 50 ou 100 ans pour ouvrir des villages français et catholiques en Alberta, plusieurs d’entre eux ont préservé leur langue et leur culture. Ils se sont fait une culture originale et veulent maintenant la partager avec nous.

Une communauté fière de son passé, mais à l'avenir incertain.
Une communauté fière de son passé, mais à l’avenir incertain.

Oui ! On parle encore français dans l’Ouest canadien. Ceci dit pour répondre au questionnement de nombreux Québécois qui s’interrogent à ce sujet et ne savent à peu près rien de la réalité hors Québec. Sur une population de 3 200 000, l’Alberta compte moins de 200 000 citoyens qui disent pouvoir s’exprimer en français. L’assimilation a fait des ravages et elle menace plus que jamais la jeune génération actuelle, surexposée à la puissance médiatique anglophone et démotivée politiquement. Mais de nombreux résistants maintiennent le flambeau bien haut. Renforcés par une immigration étrangère, le concept vacillant du « biculturalisme » ainsi que l’arrivée de jeunes Québécois attirés par les charmes naturels et l’économie puissante de l’Ouest, les Franco-Albertains vivent, survivent et tentent de s’affirmer afin de ne pas devenir une minorité invisible dans ce pays que leurs ancêtres ont découvert, exploré, exploité, colonisé puis fondé. De fait, les Français ont toujours été présents dans l’Ouest depuis l’arrivée des Européens. Explorateurs, avec La Vérendrye au milieu du 18e siècle. Commerçants, avec les Voyageurs qui travaillaient pour les grandes compagnies de fourrures. Colonisateurs, avec Marie-Anne Gaboury et Jean-Baptiste Lagimodière, les grands-parents de Louis Riel, qui s’installent à Fort Edmonton en 1808. Par la suite, des milliers de familles francophones du Québec, de la Nouvelle-Angleterre et d’Europe sont venus s’installer sur les terres boisées et marécageuses entre 1890 et 1955. Aujourd’hui encore, on retrouve leurs 65 000 descendants dans une vingtaine de localités situées principalement au nord d’Edmonton.

Les Franco-Albertains, présents depuis les débuts de la colonisation.
Les Franco-Albertains, présents depuis les débuts de la colonisation.

La grande tournée

Depuis le premier Congrès mondial acadien, il y a une quinzaine d’années, j’ai entrepris une grande tournée des régions francophones hors Québec. Pour des raisons culturelles et politiques, j’ai été fasciné par l’idée d’apprendre à connaître les Franco-canadiens, de découvrir leurs spécificités et de constater le traitement que le Canada leur a réservé. Le problème c’est que, en tant que chroniqueur touristique, le seul pays qui ne nous invite jamais, c’est le Canada ! J’ai quand même pu établir des liens solides dans les Maritimes et au Labrador, surtout pour aller à la rencontre des Acadiens de toutes origines. Parce que, un Acadien du Nouveau-Brunswick, un de la Louisiane, un de l’Île-du-Prince-Édouard et un des Îles-de-la-Madeleine… Ce n’est pas du tout la même chose comme on le constate sur le terrain.

Restait à passer à l’ouest de la frontière pour aller vers ceux qui se définissent plutôt en tant que Canadiens-Français ou, plus récemment, comme Franco-canadiens. L’opération a été d’autant plus facilitée du fait que les gouvernements anglophones des provinces du Centre et de l’Ouest viennent de découvrir que le Québec peut représenter un marché touristique appréciable et que la façon la plus habile de rejoindre cette clientèle potentielle est de passer par leurs propres minorités françaises. Les « Francos » constituent donc maintenant une « valeur ajoutée » pour l’industrie touristique des provinces de l’Ouest.

Je me suis d’abord rendu au Manitoba pour visiter les héritiers de Louis Riel. Puis j’ai exploré le Nord-Ontario en hiver et en été. J’ai fait des sauts au BC puis je me suis attardé en Alberta où l’on trouve plusieurs communautés francophones qui sont à structurer des circuits touristiques originaux et intéressants.

Chaque petite communauté a son musée.
Chaque petite communauté a son musée.

Un circuit en devenir

Je me suis concentré sur un secteur situé au nord de la ville d’Edmonton et que les résidents de Saint-Albert, Morinville et Legal ont baptisé « Centralta ». Puis je suis monté au nord-ouest de la province pour visiter la région de Rivière-la-Paix où s’est terminée la « colonisation » de l’Ouest canadien en 1953 avec la fondation de Saint-Isidore par des familles originaires du Lac-Saint-Jean. Que du plaisir ! Que de belles découvertes ! Que des rencontres chaleureuses et infiniment sympathiques. Pas de grands attraits touristiques majeurs qui font courir les foules. Pas de Rocheuses. Pas de Badlands. Pas de casinos. Mais beaucoup d’autres points d’intérêt dispersés sur un territoire immense. Quant à la valeur touristique d’un tel circuit, elle existe déjà, mais reste quand même à définir à plusieurs points de vue. De nombreuses possibilités demeurent à exploiter et il faut encore coordonner ce qui se fait actuellement de façon disparate.

Souvenir de l'équipe de Baseball de St-Isidore.
Souvenir de l’équipe de Baseball de St-Isidore.

J’ai l’air de commencer par la conclusion, mais, d’emblée, je trouve utile de préciser les clientèles cibles susceptibles de s’intéresser au circuit touristique francophone du nord de l’Alberta. Les aînés, en particulier, vont se sentir concernés par les attraits historiques et généalogiques qui portent sur les familles fondatrices et leurs liens avec le Québec. Plus encore s’ils s’intéressent à ce qui touche l’agriculture et la forêt.

Ceux que j’appelle les « voyageurs au long cours »… Les retraités itinérants qui se déplacent en autocaravane et qui sont à la recherche de nouvelles routes sont gâtés en Alberta francophone. Tout spécialement ceux qui sont en route vers les Territoires du Nord-Ouest ou l’Alaska ainsi que ceux qui veulent traverser les Rocheuses du nord au sud et qui ne dédaignent pas un détour de 1 300 km.

Un détour de 1300 km
Un détour de 1 300 km

Quant aux amateurs de plein air, ils devront faire preuve d’initiative puisque ce très vaste territoire ne s’imagine pas encore lui-même en tant que destination écotouristique. Pourtant, si on étudie un peu les cartes avant de partir et si on dispose des équipements indispensables (canot, kayak, lunettes d’approche, canne à pêche, vélo et bottes de randonnée), on risque de faire des découvertes étonnantes. J’imagine entre autres ce circuit de la francophonie qui pourrait constituer un défi exceptionnel en vélotourisme.

Une expérience humaine

Toutefois, d’abord et avant tout, la visite du Nord-Alberta francophone doit être abordée comme une expérience humaine. Une démarche de curiosité et d’ouverture qui exige que l’on aille au-devant des gens plutôt que d’attendre qu’ils viennent à nous.

Guide de voyages :

Ouest canadien, Ulysse, 29,95 $

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