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L’avez-vous remarqué ? En ce qui a trait aux véhicules récréatifs, au camping et au caravaning, 2019 semble être une année de turbulences continuelles. Transferts d’entreprises, faillites, baisse de la production et des ventes de VR sont autant de facteurs responsables de cette instabilité. Tentons d’analyser cette vague de changements.

Rien ne semblait à l’abri de ce changement cette là. Même la météo c’était mis de la partie pour faire la vie dure aux exploitants de terrains de camping et déprimer les caravaniers et les campeurs… Malgré tout, les constructeurs, les concessionnaires et les caravaniers ont gardé le cap. Dans les prochaines lignes, nous allons tenter de comprendre ce qui se passe, de dégager les enjeux en cause et de cerner les défis touchant notre loisir préféré.

L’industrie du VR

En 2009, l’industrie de la fabrication de véhicules récréatifs était l’une des plus durement touchées par la terrible dépression économique secouant les États-Unis. Du jour au lendemain, des millions de citoyens américains se retrouvaient sans emploi. Après des années d’une croissance économique soutenue où ils avaient trop dépensé, plusieurs d’entre eux se retrouvaient incapables de faire face à leurs obligations, contraints de céder leur maison à un créancier hypothécaire lui-même en difficulté. Tout s’écroulait. C’était la fin de la consommation à outrance, car chacun devait sérieusement réduire ses dépenses.

Comme cela se produit toujours en période de crise économique, le premier endroit où couper se révèle celui des loisirs. Or, à ce moment, les statistiques indiquaient qu’aux États-Unis, environ un ménage sur huit possédait un VR, tous modèles confondus. La récession a eu comme conséquence directe que plusieurs compagnies et marques de véhicules récréatifs ont disparu du marché. Monaco, Teton Homes, National, Beaver, Fleetwood, pour n’en nommer que quelques-unes.

Durant les années qui ont suivi, en même temps que la situation économique du pays, les finances des familles américaines se sont rétablies peu à peu et l’industrie a repris de la vigueur, beaucoup de vigueur. 2017 marquait un record de production de véhicules récréatifs : plus de 500 000 unités étaient sorties des usines. Le ciel semblait alors au beau fixe.

Malheureusement, en 2018, la politique est venue fausser le jeu, notamment par des mesures protectionnistes prenant la forme de taxes élevées à l’importation d’acier ou d’aluminium, deux matériaux très utilisés dans la fabrication de véhicules récréatifs. Il n’en fallait pas plus pour faire chuter les ventes de VR et ramener l’inquiétude dans les ménages.

Sur fond de guerre commerciale initiée par leur président Trump, nos voisins étatsuniens, craignant une éventuelle récession, ont recommencé à se serrer la ceinture. Conséquence directe, à partir de l’été dernier, les ventes se sont mises à ralentir et cela s’est poursuivi de façon constante jusqu’à la fin de l’année. Les usines ont alors dû réduire leur production et renoncer à établir un nouveau record.

Résultat, pour l’année 2018, la vente d’autocaravanes de classe A, plus onéreuses que celles des autres catégories, a chuté de 6 %. Quant aux modèles de classe C, leurs ventes sont demeurées au même niveau que l’année précédente. Seuls les modèles de classe B ont continué de progresser [+28,6 %].

Malgré l’excellente performance des classe B, les ventes d’autocaravanes tous modèles confondus ont finalement enregistré un recul de près de 3 %. La glissade semble s’accentuer puisque la production d’autocaravanes pour le premier trimestre de 2019 marque un retard de 26,6 % comparativement à la même période l’an dernier.

L’exception québécoise

À l’opposé, les fabricants québécois, dont la production n’est jamais comptabilisée dans les données que nous venons d’énoncer, semblent beaucoup mieux s’en tirer. La plupart de nos entreprises ont connu de grands succès et même fracassé des records de ventes lors des salons de véhicules récréatifs du printemps. Bien sûr, au Québec, il ne se fabrique pas d’autocaravanes de classe A ou C, mais seulement des autocaravanes de classe B, un segment moins affecté par l’instabilité du marché nord-américain.

Faillites et acquisitions

En février 2019, lors du processus d’acquisition de la compagnie allemande Hymer par Thor Industries, des irrégularités mises au jour par les vérifications comptables préachat ont fait en sorte que le géant américain a exclu de son offre la branche canadienne EHGNA (Erwin Hymer Group North America), située en Ontario. Dans les jours qui ont suivi, cette révélation a entrainé la mise en faillite de la compagnie ontarienne et de sa marque la plus célèbre, Roadtrek.

Quelques semaines plus tard, les installations situées à Kitchener trouvaient un nouvel acquéreur. Venant de France et comptant plus de 70 ans d’expérience dans le domaine du véhicule récréatif, Rapido, réputée pour ses camping-cars, s’engageait à relancer la marque Roadtrek dans un avenir prochain.

Inconnu en Amérique du Nord, ce manufacturier est également propriétaire de la marque Westfalia, qu’il avait rachetée en 2011 après que la firme allemande eut déposé son bilan l’année précédente. Bien qu’il soit trop tôt pour créer des espoirs chez les nostalgiques de cette marque, il ne serait pas impossible que ces véhicules quasi mythiques réapparaissent sur nos routes un jour.

Des changements chez les concessionnaires du Québec

Plus près de nous, celui qui fut pendant longtemps le seul concessionnaire de véhicules Lance a lui aussi connu une triste fin. Quelques jours seulement avant qu’ouvrent les grands salons du printemps 2019, l’entreprise GO VR, anciennement Les Roulottes Gilles Ouellet, fermait ses portes. Heureusement, deux employés de longue date de ce détaillant ont récemment décidé de reprendre le flambeau et de faire revivre la marque Lance à Granby. Connue sous le nom de VR Évolution, la nouvelle entreprise entend mettre l’accent sur le segment caravanes portées et en faire sa spécialité. Son centre de service accrédité par Lance lui permettra d’ailleurs d’assurer l’entretien et d’honorer les garanties de tous les véhicules de la marque. Il s’agit là d’une bonne nouvelle pour les propriétaires d’un véhicule récréatif Lance.  

 

Toujours au Québec, une autre transaction d’importance pourrait déjà avoir été officialisée au moment où vous lisez ces lignes. Le Géant du Motorisé, sans doute l’entreprise de VR la plus connue au Québec, aurait été acquis par Billy Girard, un autre Bleuet, propriétaire de l’atelier de réparation VR-Médic. La transaction, dont le montant n’a pas été dévoilé, comprendrait les installations de l’entreprise à Saint-Ambroise et à Lévis. Les haltes pour VR du Géant ainsi que le domaine La Florida feraient également partie de l’entente.

Les campings

D’une certaine façon, les terrains de camping profitent grandement de la prolifération du nombre de véhicules récréatifs circulant sur les routes. Mais tout n’est pas rose dans le domaine, particulièrement aux États-Unis.

La pression des développeurs immobiliers et la réceptivité des administrations qui salivent à la pensée d’augmenter leurs revenus de taxation entrainent souvent des conséquences néfastes pour les caravaniers. C’est notamment le cas au Pine Isle RV Resort, dans le sud de la Floride.

En mars 2019, les caravaniers de ce camping, en très grande partie des Québécois y passant l’hiver, certains depuis 25 à 30 ans, étaient informés que les nouveaux exploitants leur laissaient trois mois pour débarrasser les lieux et se relocaliser.

Cette nouvelle était d’autant plus déchirante pour nos compatriotes que la majorité d’entre eux prévoyaient, comme d’habitude, de revenir à la maison aux premiers jours d’avril. En réalité, le délai de trois mois se trouvait réduit à quelques courtes semaines pendant lesquelles ils devaient absorber le choc, faire leur deuil, trouver un plan B, faire leurs bagages et rentrer au pays. Comble de malheur, un grand nombre de ces VR, n’ayant pas bougé depuis plusieurs années, étaient difficilement en état de prendre la route.

Un autre phénomène que l’on observe actuellement chez nos voisins découle à la fois du grand nombre de VR en circulation et du vieillissement des caravaniers. Ces derniers, trouvant la migration dans un gros VR plus difficile qu’avant, optent de plus en plus pour l’achat d’un modèle de parc qu’ils installent sur un camping. En plus de leur assurer un pied-à-terre sur le terrain de leur choix dans une conjoncture où les places pour caravaniers voyageurs se font de plus en plus rares, ils obtiennent ainsi la certitude de retrouver une communauté et un milieu familiers.

En contrepartie, cette tendance à adapter des emplacements de camping à des caravanes de parc diminue le nombre de places habituellement destinées aux voyageurs. Résultat : cela augmente la congestion. Dans l’un des campings que nous avons visités l’hiver dernier, cela représente plus d’une vingtaine d’emplacements qui, dès l’été, seront réservés aux caravanes de parc.

Bien sûr, cette tendance répond à un besoin réel de la clientèle. Il est par contre inconcevable que les constructeurs de VR ne se soucient pas plus des endroits où leurs produits pourront s’arrêter. Tant que le moulin tourne, on travaille en silo, on produit et on engrange le plus de profits possible. Pourtant, si aucun correctif n’est apporté en matière de structure d’accueil, à long terme, la seule place qui restera au caravanier pour utiliser son VR pourrait bien se limiter à sa propre entrée de garage.

Les conséquences des changements climatiques

Au Québec, les commerçants de VR, mais surtout les exploitants de terrains de camping savent combien la météo est importante pour les affaires. Depuis quelques années, le printemps semble bloqué dans ses premiers soubresauts et l’été ne parvient pas à prendre le dessus. 2019 en est la meilleure illustration. La pluie, le vent, le froid et même les inondations tuent (ou à tout le moins retardent) le désir de faire du caravaning et à plus forte raison du camping.

Aux États-Unis, la « Tornado Alley » semble avoir perdu la boussole et s’étend sur un territoire de plus en plus grand tout en allongeant sa saison de ravages. S’entêter à nier les dérèglements climatiques comme le font les dirigeants de ce pays et ne pas mettre en place des mesures de prévention ne fait d’ailleurs qu’ajouter à l’incertitude.

Peut-être, notamment au Québec, faudra-t-il envisager la possibilité de décaler la saison de camping. Il s’avère de plus en plus discutable d’ouvrir au début mai alors que le beau temps chaud n’est pas au rendez-vous et de fermer en septembre quand la température reste estivale et que les caravaniers désirent encore utiliser leurs véhicules récréatifs. Inconfort en début de saison et déception de renoncer à leur loisir préféré au début de l’automne, voilà ce à quoi sont actuellement réduits les caravaniers. Pour les gestionnaires de terrains de camping soucieux de mieux répondre aux attentes et besoins de leur clientèle, les changements climatiques doivent rapidement devenir matière à réflexion.

Par Paul Laquerre
Magazine Camping Caravaning, vol. 25 no 5, aout 2019

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