Des services invisibles,
Mais très couteux

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Savez-vous ce qui coute le plus cher dans l’aménagement d’un terrain de camping ? Une piscine ? Des modules de jeux ? Un service de restauration ? De l’asphalte à la grandeur du terrain ? La réponse n’est malheureusement pas visible, ni très séduisante à l’œil du campeur : ce sont les systèmes d’aqueduc et d’égout, cachés sous terre et qui valent une fortune. 

La plupart d’entre nous qui fréquentons un terrain de camping trois services allons brancher le véhicule récréatif sans trop nous poser de question. Après tout, nous sommes très préocupé par la provenance de l’eau potable, mais veut-on vraiment savoir où s’en vont nos eaux usées chaque fois que l’on tire la chasse d’eau ?

Pourtant, pour nous faire bénéficier de ce petit « tant d’une eau potable de qualité que du luxe du raccord à l’égout », comme si l’on était à la maison, l’exploitant du terrain a dû investir beaucoup d’argent. Parlez-en à Martin Bruneau, le gérant et copropriétaire du camping KOA à Saint-Mathieu, dans le Bas-Saint-Laurent.

Depuis quatre ans, ce camping 5 étoiles de 220 emplacements dispose d’un réseau autonome composé d’un système de filtration, évalué à 250 000 $, et de sa propre usine d’épuration d’eau à membrane valant 750 000 $, qui produit une eau d’une limpidité surprenante. Ajoutez à cela les frais de tuyauterie, les stations de pompage, la main-d’oeuvre, alouette ! La facture grimpe aisément à deux-millions de dollars pour des aménagements principalement souterrains.

« Ce n’est pas un choix. À partir du moment que tu mets un doigt dans l’industrie du camping, c’est le ministère de l’Environnement qui décide de tout. Il débarque avec ses règles, ses lois qui peuvent changer sans que l’on ait un mot à dire. C’est comme ça », déclare Martin Bruneau.

La solution : le réseau municipal ?

Même lorsqu’un camping est branché à un réseau municipal, ça ne coute pas nécessairement moins cher à l’exploitant. Claude Veilleux, exploitant du Camping Lac-Etchemin, ouvert en 2013, peut en témoigner. Pour chacun des 200 emplacements du terrain, il a dû investir 10 000 $ en aménagement d’infrastructures d’égout et d’aqueduc. Une facture qui frôle également les deux-millions de dollars. Cela équivaut aux deux tiers de ce qu’a couté l’aménagement complet du terrain.

Remarquez, à l’époque où il souhaitait devenir propriétaire d’un camping, Claude Veilleux a visité une trentaine de terrains à vendre avant de décider de démarrer le sien à Lac-Etchemin. « Dans plusieurs cas, il aurait fallu mettre à niveau les systèmes d’approvisionnement et de traitement de l’eau. Pour éviter les surprises, j’ai préféré bâtir un camping à neuf », confie-t-il.

Selon Simon Tessier, directeur général de Camping Québec, moins de la moitié des terrains de camping sont branchés aux infrastructures de leur municipalité.

Par conséquent, pour de nombreux exploitants autonomes sur le plan de l’alimentation en eau, cela signifie des couts additionnels annuels, notamment la vidange des fosses et des tests d’eau quotidiens et mensuels. « On estime qu’il en coute près de 10 $ en produits et en électricité pour traiter chaque mètre cube d’eau. Compte tenu des quelque 200 à 300 mètres cubes que l’on traite au quotidien, c’est l’équivalent de 200 $ à 300 $ de frais d’exploitation par jour qui s’ajoutent à l’investissement de base », indique M. Bruneau.

« Il est évident que je préfère être branché au réseau municipal », soulève pour sa part Jean-Sébastien Rioux, exploitant du réseau Camping Union qui regroupe six établissements dans la province. Ça représente moins de tracas en matière d’approvisionnement et de traitement des eaux usées, dit-il. Mais attention, ce n’est pas vraiment moins cher, précise M. Rioux. Les taxes municipales sont fixées en fonction de l’utilisation des systèmes. « Et il faut entretenir le réseau du camping, qu’il soit autonome ou relié à la municipalité. Des tuyaux bouchés, de l’équipement qui brise, ça arrive plus qu’une fois pendant une saison. »   

 

En fait, poursuit M. Rioux, l’avantage d’être branché au réseau municipal pour l’exploitant de camping réside dans la répartition des couts. Le versement des taxes est annuel et le cout du raccordement du camping au réseau municipal sera amorti sur plusieurs années. « Quand il faut assumer les couts d’un nouveau système autonome, l’investissement peut se révéler un peu plus brutal pour l’exploitant. Surtout s’il n’a pas prévu le coup », indique-t-il.

Tout un investissement

Il faut savoir que les exploitants de camping reçoivent très peu d’aide financière pour réaliser ces travaux. « À l’exception des caisses Desjardins et de la Banque de développement du Canada, la majorité des autres institutions financières ne prêtent pas d’argent pour ce type d’investissement », soutient par expérience Linda Sirois, copropriétaire du Camping Nadeau, à Sainte-Mélanie.

Et encore, dit-elle, les institutions financières qui acceptent de prêter sont frileuses. Il faut avoir en poche 50 % de la valeur de l’investissement pour que l’institution financière accepte de prêter l’autre moitié. Des prêts qui comportent également plusieurs conditions et garanties.

En 2009, l’exploitante a dû remettre à niveau le système de traitement des eaux usées du camping qui comptait alors 235 emplacements. Une facture de 700 000 $. « Si je n’avais pas eu suffisamment de liquidités, j’aurais fermé les portes du camping », soutient Mme Sirois.

L’an dernier, le Camping Nadeau a ajouté 65 nouveaux emplacements. Facture totale : 1,1 million de dollars, dont 650 000 $ consacrés uniquement aux infrastructures d’égout et d’aqueduc. « Des investissements, indique Linda Sirois, que le camping a dû assumer en totalité. »

Est-ce que cela vaut le coup ? Est-ce que ces investissements rapportent réellement aux exploitants ? « Il ne faudra pas que ça coute plus cher », répond d’emblée Claude Veilleux du Camping Lac-Etchemin. Cet investissement, précise-t-il, prendra 10, voire 15 ans avant d’être amorti.

Et nous, les campeurs, comment réagissons-nous ? Pas toujours de façon élégante. Les exploitants sont unanimes sur ce point. Chacun a dû, un jour ou l’autre, expliquer et justifier ses tarifs. « On recevait beaucoup de commentaires négatifs il y a quatre ans », concède Martin Bruneau du camping KOA à Saint-Mathieu. Les gens trouvaient que le tarif pour une nuit était trop élevé. Il fallait régulièrement leur expliquer que pour bénéficier de conduits pour l’eau potable et les eaux usées dans chacun des emplacements, les investissements étaient très élevés.

En fait, explique M. Bruneau, il était difficile de parler de la valeur d’un aménagement majeur qui n’est pas visible à l’oeil nu. Il aura fallu que d’autres infrastructures soient ajoutées, notamment la piscine et les jeux pour enfants, pour que cessent les commentaires négatifs… 

Par Claudine Hébert
Magazine Camping Caravaning, vol. 22/no 5, aout 2016.

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De l’eau potable SVP

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Le gouvernement du Québec s’est doté de lois et règlements pour que ses normes en matière d’eau potable soient parmi les plus élevées en Amérique du Nord. Tous les responsables d’un système de distribution d’eau ont ainsi l’obligation de fournir une eau de qualité répondant aux normes du Règlement sur la qualité de l’eau potable.

Selon Camping Québec, la majorité des campings au Québec sont en mesure d‘offrir de l’eau potable à tous leurs points d’eau. Les très rares établissements saisonniers dont l’eau courante ne respecte pas le règlement sont tenus d’afficher le pictogramme « eau non potable » aux points d’eau. Certains terrains distribuent même de l’eau embouteillée gratuitement à l’accueil.

Enfin, les terrains de camping doivent effectuer certains contrôles tous les jours et suivre un calendrier d’échantillonnage exigeant. Ils font analyser leurs échantillons par des laboratoires indépendants afin de fournir périodiquement des preuves de la qualité constante de leur eau au ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) du Québec.

De quoi faire augmenter les frais d’exploitation… et justifier le tarif du séjour.

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