Régulièrement, j’aime bien jeter un coup d’œil aux données statistiques concernant la production des véhicules récréatifs. D’une part ces résultats aident à dégager les joueurs majeurs et la férocité du combat mené pour obtenir le haut du pavé. Mais des données de production, à la hausse ou à la baisse, permettent aussi de jauger le degré d’attirance du caravaning chez les consommateurs et d’anticiper l’avenir réservé à ce loisir ou mode de vie selon la façon dont on le pratique. Pour tout grand amateur de caravaning, c’est là que cela commence vraiment à devenir intéressant.

Cependant, mon plus grand plaisir consiste à décortiquer des données purement mathématiques pour tenter d’en dégager certains aspects de nature plus sociologique. Pur intellectualisme de ma part ? Absolument pas ! Observer de façon plus précise la fragmentation des données par type de véhicule peut nous en apprendre beaucoup sur l’âge, les valeurs, le statut économique, les intérêts et les besoins de ceux qui se procurent des VR.

J’en ai déjà parlé, aux yeux et dans les stratégies des experts en marketing, les bébés boomers ont depuis quelques années commencé à perdre du terrain. Le regard de bonzes de la commercialisation est maintenant résolument tourné vers ceux qu’ils désignent comme les millénaux, ces personnes nées entre 1980 et 2 000. Cette clientèle, âgée maintenant de 30 à 40 ans, est devenue la cible à toucher. Nourris par la télévision, abreuvés par l’informatique et les jeux vidéos, éduqués par Facebook, Twitter et Instagram, ces nouveaux consommateurs dont les études sont terminées depuis plusieurs années, ont fondé famille et sont soucieux de découvrir des loisirs leur permettant d’afficher au monde entier leur individualité et leur bonheur à grands coups de selfies. J’anticipe déjà que, dans dix ou quinze ans, les gens de marketing qualifieront sans doute de consommateurs 2.0 les personnes nées après l’an 2000.

Mais que nous apprennent donc les données de production ? Tout d’abord, que, pour les neuf premiers mois de 2018, les véhicules de classe A ont baissé de 1,2 % comparativement à l’an dernier. Perçus par les millénaristes comme des mastodontes lourdauds, destinés aux mieux nantis ou aux retraités, ces VR sont loin d’être compatibles avec le désir d’aventures et de sports extrêmes. Ces nouveaux caravaniers se tournent donc vers des habitations motorisées plus petites.

La situation familiale dictera souvent le véhicule choisi. Les couples sans enfant optent pour un VR de classe B (en progrès de 28,5 %) et, lorsque les enfants sont présents, de classe C (+1,8 %). Si Winnebago domine le peloton des constructeurs avec 38,8 %, suivi par Hymer (29,9 %) et Thor (11 %), il perdra sans nul doute son titre puisque depuis peu, Thor a acquis toutes les composantes du groupe Hymer en Europe et en Amérique.

Du côté des VR tractés, deux gagnants et un perdant, une situation qui confirme la tendance amorcée ces dernières années. Les caravanes traditionnelles (+5,2 %) et à sellette (+7,2 %) semblent avoir définitivement gagné contre les tentes-caravanes (-11,4 %). Avec 48,5 % des parts de marché, Thor mène le bal du segment des remorquables, suivi par Forest River (35,1 %) et, loin derrière par Grand Design (5,7 %) maintenant intégré à Winnebago.

Il est acquis que les véhicules récréatifs de type remorqués représentent un nombre énormément plus important que l’ensemble des véhicules motorisés. Plutôt que de vous étourdir avec des données sur le nombre réel d’unités produites, j’ai préféré m’en tenir pourcentages estimant que cet aspect constitue un bien meilleur indicateur pour témoigner des tendances caractérisant le marché.