Vers la Pointe-Ouest

Nous abordons le versant ouest du Circuit côtier North Cape autour de la portion Ouest de l’Île-du-Prince-Édouard, sur une route qui mérite largement le titre de panoramique. On a qu’à bien ouvrir les yeux pour s’en mettre plein les souvenirs. Direction : le Parc provincial Cedar Dunes et le phare de West Point.

Inauguré en 1876, West Point tranchait avec la tradition coloniale des phares octogonaux.

L’Île-du-Prince-Édouard ayant joint la Confédération canadienne en 1873, il va de soi que le Gouvernement fédéral s’est empressé de construire quelques routes et quelques phares pour signifier sa reconnaissance. C’est d’ailleurs ce que souhaitaient les députés locaux James C. Pope et A. C. MacDonald qui trouvaient que l’ile n’était pas suffisamment éclairée. Le premier à avoir été élevé fut celui de West Point. Les courants et les marées sont également à l’origine de la construction du phare en 1875 qui avait pour mission d’avertir les navires de la présence des bancs de sable qui se déplaçaient constamment près de la pointe. On croit que le général James Wolfe a perdu l’un de ses navires dans ce secteur pendant qu’il se dirigeait vers Québec. Inauguré en 1876, il tranchait avec la tradition coloniale des phares octogonaux avec sa tour carrée de 24 mètres. Ses 68 pieds et 8 pouces (21 mètres) d’élévation en faisaient le plus haut phare de l’ile. D’abord orné de larges rayures rouges sur un fond blanc, on s’est vite rendu compte que les marins éprouvaient beaucoup de difficulté à l’apercevoir du large. On a donc remplacé les bandes rouges par des bandes noires en 1915, à l’exemple de nombreux phares de la Côte-Est américaine. Le décor de ce grand phare qui compte une maison attenante n’a pas changé depuis même si sa vocation, elle, a pris un tournant majeur. Les murs de la tour font 44 pouces d’épaisseur et sont remplis de ciment jusqu’à hauteur des plafonds (12 pieds – 4 mètres). Avec l’électrification des phares, à la fin des années 1950, l’utilité des gardiens a disparu. West Point n’a connu que deux gardiens en 88 ans de service. Le premier, William MacDonald, surnommé Lighthouse Willie, est resté fidèle au poste de 1875 à 1925. Le second, Benjamin McIsaac, a pris la relève jusqu’en 1963. Le phare s’est ensuite transformé en une auberge-restaurant et en un point de service au cœur du Parc provincial Cedar Dunes.

Le parc provincial Cedar Dunes a été aménagé autour du phare historique.

Cedar Dunes

Blotti à l’intérieur du coin le plus à l’ouest de l’Île-du-Prince-Édouard, le parc provincial Cedar Dunes, créé en 1962,  a été aménagé autour du phare historique. Le phare, employé comme symbole de la province à de nombreuses occasions, est toujours en service aujourd’hui et il constitue l’un des principaux attraits du parc. West Point, où se situe le parc, est une longue pointe résultant de l’accumulation, au fil des siècles, du sable provenant d’un courant côtier qui circule du nord au sud. Résultat de ce phénomène naturel, une plage extraordinaire qui s’étend sur des kilomètres. Un terrain de camping côtier extrêmement agréable, avec quelques sections ombragées et tous les services, idéal pour les familles avec de jeunes enfants qui y trouvent la place et les équipements pour s’amuser. On s’y retrouve sur la plage en deux pas.

Le phare possède un excellent restaurant au pied de sa tour. On y déguste une chaudrée savoureuse ainsi qu’une cuisine populaire appétissante : sandwich au homard, lobster roll, pâté au crabe (crab cake), fish & chip maison, pétoncles, moules… Que de bonnes spécialités pour un dîner sur la plage.

Le phare de Point West est également le seul phare en activité au Canada à abriter une auberge. On compte neuf chambres dans la maison des gardiens, au-dessus de la salle à manger. Des petites chambres très simples, mais confortables et propres. Le plus intéressant, c’est que trois de ces neuf chambres jouissent de ce qu’on pourrait appeler une vue rapprochée sur la plage. Particulièrement dans la chambre #9, on voit la plage, on sent la mer et on l’entend. On à l’impression d’être en bateau.

Pour les nostalgiques en mal d’exotisme, il est également possible de coucher dans le phare lui-même. Dans une grande chambre toute en longueur sous le plafond bas. Où dans une autre qui, tout au contraire, a un plafond très haut. Le salon a conservé sa décoration de l’époque 1900 grâce aux dons des descendants des gardiens ou des amis du phare. Une expérience unique. Le phare abrite un petit musée dont on peut faire la visite guidée.

La Maison de Bouteilles

Les fameuses Maisons de Bouteilles de Cap-Egmont.

En complétant le tour du circuit, on traverse les principales communautés acadiennes de l’ile dans la région Évangéline, dont Cap-Egmont, où il faut arrêter voir le phare au coucher de soleil, Miscouche avec le Musée Acadien et Mont-Carmel avec sa magnifique église. Toutefois, l’attrait le plus réputé du coin n’a pas à voir avec la religion ou les phares, il s’agit des fameuses Maisons de Bouteilles de Cap-Egmont. Le projet complètement fou d’un Acadien collectionneur de bouteilles devenu bâtisseur de maisons de verre : Édouard Arsenault. Son projet a suscité la curiosité des médias du monde entier et les maisons sont devenues un incontournable sur le circuit touristique insulaire. Il faut les voir ! Tout simplement. C’est fou. C’est déraisonnable. C’est drôle. Et cela nous amène à réfléchir sur les motivations ou l’inspiration de ces héros populaires, comme Arthur Villeneuve au Saguenay ou Roger Ouellet dans Charlevoix et combien d’autres, qui ont voué leur vie à la réalisation d’œuvres naïves monumentales ?

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