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Êtes-vous prêt à camper vert ?

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A priori, le camping et le développement durable pourraient être deux concepts indissociables. Après tout, le camping constitue un mode d’hébergement moins énergivore qu’une maison traditionnelle. Or, ce n’est pas tout à fait le cas. Les campeurs doivent y mettre du leur. Quelles habitudes pouvons-nous prendre pour adopter une pratique plus verte du loisir ? Et quels efforts les exploitants de campings peuvent-ils faire afin de réduire leur empreinte carbone ?

« Camper de façon autonome, ça peut aider à adopter de meilleurs comportements à l’égard des ressources », soutient d’emblée le caravanier Guy Châtelain, propriétaire d’une autocaravane.

Il y a trois ans, ce Lavallois, sa conjointe et deux autres familles accompagnées de leurs enfants sont allés passer une semaine dans les Outer Banks, en Caroline du Nord. L’équipage, qui utilisait également une caravane et une tente, avait choisi un emplacement sauvage, sans services. « Nous savions que l’on pouvait être autonome avec le VR, ce qui nous laissait une meilleure latitude pour le choix de l’emplacement. Un choix qui allait toutefois dicter notre comportement de consommation d’énergie tout au long du voyage », signale le campeur.

Avant de partir, Guy Châtelain avait d’ailleurs investi plus de 200 $ pour modifier la moitié des systèmes d’éclairage incandescent par des ampoules à DEL. « Tout au long de la semaine, nous avons fait attention à l’eau. On ne laissait pas couler l’eau du robinet inutilement pour se laver les dents. Aucun luminaire ne restait allumé sans raison valable. Nous avons tellement été économes que la batterie du VR avait encore de l’énergie en stock à notre retour », révèle le caravanier.

Ce séjour en mode autonome, dit-il, a tellement été inspirant que le couple adopte désormais le même comportement de consommation des ressources (eau, électricité, essence) qu’il soit sur la route ou à la maison. « Je ne tracte même plus la voiture pour nos escapades de weekend. Elle nous suit seulement pour les longs séjours. Pour les petites escapades, nous utilisons nos vélos ou le taxi pour nos déplacements », mentionne le campeur sexagénaire.

Même la conduite du caravanier a changé. « En respectant les vitesses permises, je parviens à atteindre une consommation de 23 L/100 km. J’en suis fier étant donné que l’autocaravane constitue tout de même un véhicule énergivore en soi. »

Être conscient de son impact

« Chaque petit geste compte, et à l’heure des changements climatiques, les campeurs et l’industrie du camping doivent en être conscients », souligne pour sa part Patricia Delisle. Cette campeuse de Montréal cite en exemple une anecdote qu’elle a vécue lors de son dernier séjour aux Îles-de-la-Madeleine. « Ici, peu importe l’endroit, les établissements et les lieux publics où l’on met les pieds, impossible d’échapper aux multiples affiches qui demandent aux visiteurs de faire attention à leur consommation d’eau. Cela dit, alors que je séjournais dans un camping, j’ai vu que le robinet coulait sur l’emplacement de notre voisin. Le campeur ne semblait pas s’en soucier. J’ai donc contacté le gestionnaire du camping pour signaler la fuite », raconte-t-elle.

Toujours dans l’est du pays, la campeuse a constaté que plusieurs gestionnaires de camping étaient très actifs en matière de développement durable. « Au Campbell’s Cove Campground, dans l’Île-du-Prince-Édouard, de jeunes employés dynamiques nous ont abordés dès l’enregistrement pour nous signaler l’importance de respecter les systèmes de recyclage et de compostage mis en place par le camping. J’ai bien aimé leur attitude », dit-elle.

Remarquez, Patricia Delisle et son conjoint ont également intégré divers comportements écolos en camping. D’abord, le menu du couple, qui voyage en caravane Prolite, est principalement végétarien, ou mieux, végétalien. Toutes les portions des aliments et ingrédients sont calculées afin d’éviter tout gaspillage. 

 

Pour le reste, le couple utilise majoritairement des sacs à glissière et des contenants réutilisables pour le rangement de la nourriture afin de viser un mode de vie zéro déchet. Ils se servent également de bouteilles d’eau réutilisables, de sacs compostables comme sacs poubelle ainsi que de savon et de dentifrice biodégradables. « Si possible, nous planifions tous nos itinéraires afin de réduire notre consommation d’essence », insiste Patricia.

Que les gestionnaires fassent leur bout de chemin

De l’avis du caravanier qui signe sous le nom de Softin sur le forum de la Fédération québécoise de camping et de caravaning (FQCC), les exploitants de camping ont aussi leur bout de chemin à faire. À ses yeux, les terrains qui emploient des détecteurs de mouvement pour activer l’éclairage à l’intérieur de leurs blocs sanitaires démontrent déjà une réelle volonté d’être plus écolos. Un type d’éclairage que l’on trouve justement au Camping Aventure Mégantic, à Frontenac, où le développement durable fait partie de l’ADN de l’entreprise depuis son premier jour au printemps 2015.

Pour ceux qui ne connaissent pas encore ce camping estrien, il est étroitement lié à la tragédie de Lac-Mégantic, survenue en juillet 2013. L’évènement dramatique a ébranlé toute une communauté, dont trois Méganticois qui, au lendemain de l’incendie, ont décidé de changer de vocation pour devenir gestionnaires d’un terrain de camping.

« Dès le départ, nous avons voulu que notre établissement de 168 emplacements adhère au concept de développement durable. Ici, tout est automatisé, dont les débits d’eau et l’éclairage », signale Julie Rouillard, ex-propriétaire d’une firme comptable. Francis Therrien, son conjoint, un ex-garagiste et Jacques Boulanger, ex-entrepreneur d’une compagnie de location, complétaient le trio d’actionnaires au moment du démarrage de l’entreprise. À l’automne dernier, le couple Rouillard-Therrien a racheté les parts de leur partenaire.

Évidemment, ici, on recycle. Et surtout, on récupère ! À l’exception des bâtiments et des piscines, plus de 85 % des équipements du terrain de camping proviennent des commerces qui ont été touchés par le grave incendie ayant ravagé le centre-ville il y a près de sept ans. « Chambre froide du dépanneur, comptoirs de la pharmacie et de l’épicerie, des portes, des luminaires, on a récupéré tout ce que l’on pouvait », indique fièrement Julie Rouillard. Même les glissades d’eau proviennent d’un autre commerce de la région qui ne s’en servait plus. Et les clôtures du parc à chiens ? Ce sont celles qui délimitaient le centre-ville au lendemain de la tragédie.

Parce que le développement durable, c’est aussi participer au développement de sa communauté, le terrain de camping prête ses infrastructures deux fois par année à des organismes à but non lucratif. Ainsi, depuis deux ans, le camping accueille le championnat régional de crosscountry de l’Estrie.

Une culture durable qui a rapidement propulsé l’établissement parmi les mieux cotés de la province. En 2018, ce camping 5 étoiles s’est vu attribuer le titre de Camping de l’année par Camping Québec.

Par Claudine Hébert
Magazine Camping Caravaning, vol. 26 no 1, mars-avril 2020

 

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