Quoi de plus loufoque que de voir une caravane trôner dans un désert de glace balayé par des rafales de neige, sur un lac ou, plus étonnant encore, sur le fiord du Saguenay ? Pourtant, voilà une façon bien logique et pratique de donner une seconde vie à cette vieille et fidèle compagne de vacances que de la transformer en cabane de pêche. Si vous désirez camper autrement, voilà votre chance !

 

Mes pérégrinations hivernales à motoneige d’un bout à l’autre du Québec et ailleurs m’amènent régulièrement face à face avec de vieilles caravanes à des endroits et à une période de l’année où l’on ne s’attendrait jamais à voir pareil équipement. Au beau milieu d’un lac, souvent gigantesque, ou d’un réservoir… Sur une rivière gelée ou même sur un bras de mer comme le fiord du Saguenay et la baie des Ha ! Ha !

Une glace en mouvement

Sur les glaces de cette baie géante de plus de dix kilomètres de longueur, on voit chaque hiver de véritables villages s’installer. À la différence du Village sur glace de Roberval au lac Saint-Jean, que nous vous avons présenté il y a quelques années (numéro de décembre 2009 / janvier 2010), ceux situés au pied de l’arrondissement de La Baie (ville de Saguenay) sont exclusivement voués à la pêche blanche.

Les villages de pêche de Grande-Baie et de l’Anse-à-Benjamin ont ceci de particulier qu’ils se trouvent dans ce qu’on appelle un milieu marin, un environnement relié à l’océan et qui partage avec la mer des caractéristiques comme de l’eau saumâtre et des marées qui, sur le fiord, peuvent dépasser six mètres d’amplitude.

En pratique, cela veut dire que la glace sur laquelle les cabanes et les caravanes sont posées monte et descend constamment. Elle bouge. Elle craque. Elle fait du bruit. Elle est vivante !

Règlementation municipale

« Dangereux ! », me direz-vous. Il faut être prudent. On compte deux agglomérations saisonnières principales sur les glaces de La Baie, chacune regroupant plusieurs centaines de cabanes. On peut en parler comme de véritables villages puisque les deux sont dotées de plans d’aménagement municipaux et d’une règlementation qui codifient la définition et la disposition des cabanes le long de rues de glace balisées et signalisées, les règles d’installation et de démantèlement ainsi que les exigences sur le plan sécuritaire, comme l’obligation d’attendre que la glace atteigne une épaisseur de 30 cm avant d’entreprendre l’aménagement des sites.

Pour Diane Simard de l’organisme Contact Nature Rivière-à-Mars, qui émet les permis d’occupation, « il n’y a aucune différence entre une cabane et une caravane puisqu’il n’existe pas de règlementation spécifique pour les caravanes jusqu’à maintenant ». Ce que confirme Véronique Simard, de Ville de Saguenay, en spécifiant « qu’il existait un flou dans la règlementation qui faisait que l’utilisation d’équipements récréatifs comme cabanes à pêche a été tolérée. Cette situation est corrigée par la révision de la codification qui tient compte de l’utilisation des caravanes ».

Il en coute une centaine de dollars pour louer un emplacement sur les glaces, plus 20 $ comme droit de circulation pour un véhicule. Sur les rues roulent constamment les autos ainsi que des VTT et des motoneiges.

Quant aux dangers qui peuvent survenir… On parle de fissures que le mouvement des glaces peut provoquer et qui peuvent obliger à déplacer des cabanes et des chemins de glace ou pire, qui font carrément sombrer des cabanes. Ce qui n’est arrivé que très rarement.

Les redoux subits ainsi que les fortes pluies sont également problématiques. Dans ces conditions, les cabanes peuvent se retrouver isolées, cela empêche la circulation des personnes et des véhicules et, lorsque l’eau gèle de nouveau, les cabanes et les caravanes sont soudées avec force à la banquise. Il est arrivé qu’un site à Saint-Fulgence soit évacué d’urgence lors d’un redoux venteux qui menaçait de provoquer la rupture des glaces. Toutefois, il est important de souligner que ces problèmes surviennent plus que rarement et que les glaces demeurent très sécuritaires.  

 

Autre particularité du fiord… La navigation maritime se poursuit tout l’hiver, de gros navires passant régulièrement au large des villages, dans le chenal qui leur est ouvert par un brise-glace.

La saison commence donc dès que la glace est suffisamment épaisse et elle se termine à une date déterminée, quelques jours avant que le Saguenay soit libéré de ses glaces par des brise-glaces.

Des caravanes adaptées

Pour Rémi Aubin, propriétaire de l’Accommodation des 21, où tous les pêcheurs s’approvisionnent en équipement, en bière et en information, les sites de pêche de La Baie sont « d’immenses campings ». Selon cet homme qui est devenu la référence incontournable en la matière, « c’est l’aspect social qui prime sur la pêche. En début de saison, les pêcheurs ont hâte de se retrouver et d’inviter leurs familles et amis ». Il constate que « certaines personnes choisissent d’utiliser leur vieille caravane comme cabane de pêche, ce qui est toléré par la Ville à condition qu’elle soit en bon état au plan esthétique ». La caravane peut avoir plusieurs avantages selon lui. « Le premier est économique, mais la caravane est également pratique parce qu’elle se déplace facilement. Les gens utilisent le propane pour s’éclairer, cuisiner et se chauffer alors que certains aménagent des petits poêles à bois. Il faut souvent améliorer l’isolation puisque ces abris ne sont pas conçus pour l’hiver. Les caravanes sont cependant plus aérodynamiques que les cabanes, ce qui est une qualité à considérer dans un environnement aussi exposé aux grands vents. »

Et la pêche dans tout ça ?

Quant à la pratique de la pêche, Rémi Aubin explique que les amateurs percent des ouvertures dans le plancher de leur caravane, comme cela se fait dans les cabanes traditionnelles. Une jupette doit être installée tout autour de la caravane, afin de protéger les trous du gel, d’éviter que le dessous ne s’emplisse de neige et de favoriser l’isolation.

Les pêcheurs, lorsqu’ils sont nombreux et qu’il fait beau, aiment bien percer des trous de pêche à l’extérieur de leur cabane pour multiplier leurs chances. Ils y installent des brimbales qui restent sous bonne surveillance. Les enfants adorent tout particulièrement pêcher à l’extérieur. Précisons qu’on n’a pas besoin de permis de pêche sur le fiord puisque les milieux marins sont de compétence fédérale.

Qu’est-ce qu’on y pêche ? La diversité des espèces capturées dans le Saguenay est vraiment renversante puisqu’on y retrouve des dizaines de poissons qui vivent dans la mer. Les deux espèces les plus pêchées restent l’éperlan d’Amérique et le sébaste, qu’on a rebaptisé ici « sébaste Mongrain », car les yeux de ce poisson de fond sortent de leurs orbites lorsqu’on le remonte rapidement. La morue franche et la morue de roche sont très appréciées pour leur chair savoureuse. De même que la plie et le flétan du Groenland qui atteignent parfois une taille impressionnante. Plus de 50 espèces vivent dans les eaux du fiord, dont le fameux requin du Groenland dont la capture est interdite. Le fond du fiord grouille même de grosses crevettes et de crabe des neiges qui ne sont pas récoltés.

Si vous avez envie de vous offrir quelques jours de pêche blanche sur le Saguenay, vous trouverez de nombreuses cabanes en location chez les pourvoyeurs locaux ainsi que des forfaits combinant hébergement et pêche. Mais pas de caravanes en location, malheureusement !

Texte et photos : Yves Ouellet
Magazine Camping Caravaning, vol. 22/no 8, décembre 2016-janvier 2017.


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