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PAUL LAQUERRE

Contraintes d’un retour prématuré

Dans toute situation d’urgence ou de stress, il n’est pas rare de voir que la rationalité prend le bord à l’avantage d’une certaine désinformation. Ce phénomène semble d’ailleurs s’amplifier avec les réseaux sociaux, où la recherche effrénée de la formule la plus courte et la plus percutante possible conduit à vouloir imprimer une image choc dans l’esprit de ceux qui les fréquentent. Avant que le lecteur ne passe au message suivant, cela va de soi.

Résultat, une capacité d’attention qui s’essouffle après quelques secondes au grand dam de la réflexion et l’analyse. Même les sites officiels, submergés de messages tous plus urgents les uns que les autres, supportent mal cette cadence folle.

On l’a vu encore cette semaine, alors que le premier ministre canadien demandait avec insistance que chacun demeure à l’intérieur de son domicile sans sortir. Après l’avoir écouté, nombreux sont ceux qui ont compris qu’il fallait s’enfermer et que mettre le nez dehors devenait interdit. À la fin de son message, M. Trudeau, conscient des dérives involontaires ou malveillantes relayées sur les réseaux sociaux, demandait aux Canadiens de faire preuve de prudence et de consulter le site officiel du gouvernement pour obtenir des informations fiables et vérifier.

Pourtant, au même moment, le site gouvernemental officiel conseillait textuellement ceci aux Canadiens : « Si vous vous sentez bien (pas de symptômes de COVID-19) ou êtes en auto-isolation en raison de la COVID-19, faire des promenades avec votre chien ou de passer d’autres temps avec votre animal de compagnie peut contribuer à garder à la fois vous et votre animal de compagnie en bonne santé ». Deux messages différents ayant en commun l’ambiguïté dans les esprits.

Immédiatement, des âmes charitables m’ont appelé pour me dire « t’as entendu Trudeau, reste à la maison ! Tu n’as plus le droit de mettre le nez dehors. Le gouvernement interdit toute sortie sauf pour une raison urgente et majeure. » Ces mêmes personnes ne m’ont pas rappelé lorsque je leur ai envoyé par courriel ou texto la directive affichée sur le site officiel du gouvernement de M. Trudeau.

Je ne m’étendrai pas plus longtemps sur cette ambiguïté, d’autant plus que depuis, la situation s’est encore détériorée et que de nouvelles contraintes beaucoup plus sévères nous sont communiquées chaque jour. Mon seul objectif aujourd’hui vise davantage à vous inciter à demeurer critique face à tout ce qui nous est véhiculé, principalement par les médias sociaux. Gardez à l’esprit ce qui se passe dans le jeu du téléphone arabe. Le premier message formulé est rapidement déformé selon l’interprétation qu’en fait le récepteur-émetteur suivant. Rendu à la dernière personne, il n’a souvent plus rien en commun avec le message initial.

Cette semaine, les forums se sont enflammés sur la nécessité d’hiverniser les véhicules récréatifs revenant du sud. Rapidement, les positions se sont campées pour devenir aussi opposées que le blanc et le noir.

Pensons-y un instant, pourquoi faut-il hivériser ou hiverner un VR ? La réponse simple est de le préparer pour l’hiver, d’ailleurs le mot le dit très bien. Chaque année, durant l’automne, alors que la température se refroidit constamment, il est nécessaire de préparer son véhicule pour que l’hiver ne représente pas une menace à la plomberie et aux réservoirs septiques.

Après avoir vidé les réservoirs, on peut souffler de l’air sous pression dans les tuyaux afin de chasser l’eau qui pourrait, lors de froids intenses mener à un éclatement des tuyaux. D’autres préféreront vider plusieurs litres d’un antigel non toxique dans le réservoir d’eau fraîche et, en utilisant la pompe à eau du véhicule et en ouvrant les robinets l’un après l’autre, s’assurer que tous les tuyaux soient bien remplis du liquide résistant au froid.

Depuis plus d’une semaine, nous sommes passés en mode printemps. Plutôt que de parler d’hivernisation, vaudrait-il mieux créer un nouveau mot comme printempsniser pour mieux refléter la réalité. Alors qu’à l’automne, la tendance du froid se fait plus insistante chaque jour, lorsqu’arrive le printemps, c’est la chaleur qui suit une courbe similaire. Très timide dans les premiers jours, elle n’en affirme pas moins sa présence avec constance et efficacité.

Ne me demandez pas si vous devez hivériser votre VR à ce moment-ci de l’année, car ma réponse ne sera pas du type oui ou non, mais plutôt du genre ça dépend. La température des jours et des nuits n’est pas uniforme sur tout le Québec. Si un caravanier de Chibougameau, de Forestville ou de Desbiens me questionne, il est certain que ma réponse ne sera pas celle que je livrerais à quelqu’un habitant Vaudreuil, Longueuil ou Sherbrooke. Dans les deux cas, mon premier conseil sera de l’inciter à consulter les statistiques météo d’avril pour sa région, mais surtout de surveiller de près les fluctuations réelles de 2020.

Lorsque les journées se réchauffent, comme tout corps, un VR emmagasine de la chaleur durant le jour. La nuit venue sa masse thermique diminuera sa vulnérabilité au froid. Plusieurs jours consécutifs, où le mercure demeure sous le point de congélation le jour pour descendre à -10º ou plus bas la nuit, auront un impact négatif qui, personnellement, m’imposerait d’hivériser mon VR. Par contre, si les températures diurnes chauffent le mercure nettement au-dessus du point de congélation et que le soleil joue bien son rôle, je craindrai beaucoup moins les quelques heures de l’aube à -2, jusqu’à -5º, car la chaleur accumulée par le VR durant le jour aidera à corriger les frissons précédant le travail du soleil. Pour peu que le thermomètre se montre complaisant, je n’aurai pas à subir le gout désagréable et persistant de l’antigel pendant des jours et des jours.

Ne comptez donc pas sur moi pour vous indiquer quelle position adopter dans ce dilemme. Comme je l’ai mentionné, il s’agit là d’une décision spécifique à chacun découlant de trop de facteurs : situation géographique, variations de la température, disponibilité d’un approvisionnement électrique qui permettrait de maintenir un minimum de chauffage dans le véhicule, soutes à bagages chauffées, réservoirs et tuyaux protégés par de fils chauffants…

Une chose est certaine, si vous décidez de printempsniser votre VR, vous pourrez toujours diluer la concentration de l’antigel, car le risque que la température descende à -40º, sa limite de résistance est quasi nul. N’oublions pas que nous sommes en route vers la chaleur et non le contraire.