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PAUL LAQUERRE

Alors, on fait quoi ?

Rouler à bord d’un véhicule récréatif requiert des habiletés différentes de celles d’un simple conducteur automobile. Alors que la majorité des personnes au volant d’une auto vivent peu ou pas de stress à manoeuvrer leur engin, il en va différemment au volant d’un mastodonte, que ce soit une autocaravane, une caravane à sellette ou autre de voyage. Cette situation fait en sorte que, sur les terrains de camping, un des loisirs préférés des gens d’expérience consiste souvent à observer les néophytes qui peinent à stationner leur équipage. D’ailleurs, plusieurs de ces VR portent des cicatrices de leur maladresse.
Tout bon vendeur de VR le sait, le meilleur argument pour diminuer le degré d’anxiété et d’inquiétude d’un futur client consiste à le persuader que la bête, si grosse soit-elle, se conduit avec la facilité d’une automobile. Il est vrai que dans les deux cas, la boite de vitesse est automatique et, qu’aux pieds du conducteur, se retrouvent les deux mêmes pédales. «C’est pareil, mon homme, je te le garantis ! » Pourtant, même si l’individu au volant croit réussir à masquer sa nervosité, il est rare que la personne assise sur le siège du passager partage la même certitude. Mince consolation, rendu à destination, la pression retombe et tout rentre dans l’ordre… du moins jusqu’au prochain départ.
L’accident de Tadoussac a ramené d’une façon aussi spectaculaire que tragique l’importance de mieux encadrer la sécurité et la conduite des véhicules récréatifs. Actuellement, le monde du VR digne du Far West. Chacun tente de son mieux avec un simple permis de conduire de classe 5.
Imposer une classe spéciale ou un permis de véhicule récréatif ne récolte pas grand votes de sympathie. Les marchands allèguent que cela ferait grandement chuter les ventes. Les agences de location pestent que leur clientèle disparaîtrait en fumée. Même les caravaniers — à l’exception de ceux possédant un permis de conduire pour véhicules lourds — s’y opposent souvent. « Voyons donc, j’conduis des VR depuis 10, 20, ou 40 ans, alors j’sais comment ça marche. J’ai pas besoin ce ça un permis spécial ».
Il est vrai qu’un permis de conduire spécifique aux VR causerait un choc culturel aux valeurs de caravaniers et polariserait les opinions. Pourtant, personne ne s’offusque de la nécessité de détenir un permis pour chevaucher une moto. Même posséder ou conduire un Spyder requiert une formation de plusieurs heures.
De son côté, la FQCC dispense une formation permettant d’apprivoiser les véhicules récréatifs. Toutes les personnes l’ayant suivie reconnaissent avoir énormément appris, développé des habiletés et, du même coup, avoir grandement augmenté leur confiance au volant. Mais voilà, si bénéfique soit-elle, l’initiative de la FQCC ne constitue pas une sanction des compétences acquises. À l’opposé, une classe spéciale de permis exige du conducteur de réussir un examen théorique et pratique pour accéder au privilège de conduire en toute légalité le véhicule de ses rêves.
Est-ce à dire que toutes les catégories de véhicules récréatifs devraient nécessiter un permis spécial ? Dans un monde idéal, peut-être, mais dans la réalité ce type de mesure mur à mur me semble pour le moins utopique. Les véhicules de classe B prouvent bien qu’un permis spécial n’est pas toujours nécessaire. Ces fourgonnettes sont de loin les VR qui s’apparentent aux automobiles. Obliger à d’obtenir un permis spécifique pour les conduire ne pourrait s’appliquer aux seuls caravaniers. Par souci de congruence, il faudrait alors étendre la mesure au peintre, à l’électricien ou au plombier qui s’en sert pour transporter ses outils. Un peu exagéré, avouons-le ! Fixer une longueur limite au-delà de laquelle un permis spécifique serait requis serait-il plus approprié ?
Les caravaniers de longue date auraient-ils la possibilité faire reconnaître leurs connaissances et leur expérience par un simple examen plutôt que d’être contraints à suivre un cours dont la majorité des éléments leur est déjà connue et maîtrisée ?
Qu’en serait-il des propriétaires de caravanes de voyage ou à sellette ? Seraient-ils traités différemment des autocaravaniers ? Dans leur cas, la longueur du véhicule serait-elle la norme menant à une classe de permis différente ? Existerait-il une différence entre une caravane à vocation récréative et une remorque ?
Comparativement à une autocaravane, les véhicules utilisés pour tracter des caravanes et de remorques présentent généralement plus de stabilité sur la route. Faudrait-il réserver ce permis spécial aux seuls conducteurs d’autocaravanes de classe A ou C excédant une certaine longueur en tenant compte du youyou ou non ?
Autant d’hypothèses sont intéressantes, mais oh combien complexes à discriminer et à gérer. Chacune générerait de multiples impacts : économiques (vente, location de VR, fréquentation des campings), pratiques (application de la règlementation, mesure des compétences, reconnaissance des acquis). Elles ont cependant un point en commun, toutes méritent une réflexion en profondeur.
En attendant que toutes les parties (MTQ, SAAQ, FQCC, caravaniers, détaillants de VR ou propriétaires de camping) trouvent un point d’entente, il est toutefois une mesure qui pourrait être instaurée rapidement et offrit une transition intéressante entre un encadrement plus rigide et le laisser-faire actuel.
Le laxisme des grands constructeurs d’autocaravanes A et C, la piètre qualité de ce que l’on nous propose, mais surtout la vulnérabilité du système de freinage sont des failles reconnues qui ne dupent plus personne. Une inspection annuelle des composantes mécaniques essentielles des véhicules récréatifs effectuée par la SAAQ et son réseau de mandataires constituerait déjà un pas énorme en matière prévention et de sécurité des caravaniers, de leurs passagers et, par ricochet, de tous les usagers de la route. Bien sûr, au départ, certains rouspèteraient à une telle mesure, mais après quelques années ou lorsqu’une défaillance potentielle aura été diagnostiquée sur leur VR, ils en comprendront l’utilité et changeront sûrement d’avis.

Je vous rappelle de bien vouloir me faire parvenir vos commentaires ou questions qui ne se rapporteraient pas au sujet du jour à l’adresse suivante : plaquerre@campingcaravaningmag.ca