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PAUL LAQUERRE

Dommages collatéraux méconnus

En mars dernier, lorsque les gouvernements Trudeau et Legault avaient recommandé aux ressortissants canadiens de type « snowbirds » de rapidement revenir au pays, cela avait créé une onde de choc chez toutes les personnes séjournant aux États-Unis. Malheureusement, leurs propos s’adressaient aux voyageurs hivernaux comme s’ils formaient une entité homogène.

Je m’étais alors empressé de souligner sur ce blogue le manque de nuances du message gouvernemental. J’avais alors écrit que les véhicules récréatifs constituaient en quelque sorte un microcosme pouvant offrir une meilleure protection aux caravaniers que les avions, autocars ou bateaux de croisière. À l’instar des autres Québécois confinés dans leur résidence au pays, les caravaniers avaient un parfait contrôle des personnes pouvant entrer dans leur véhicule récréatif. De plus, le plein air et la dimension des emplacements de camping pouvaient facilement répondre aux exigences de distanciation physique. Le VR pouvait même permettre de se placer en quarantaine volontaire, que l’on soit en Floride ou au Québec.

Mal interprété par des lecteurs surpris et terrifiés par le message officiel, mon billet d’alors avait immédiatement attiré beaucoup de commentaires, dont certains pour le moins virulents et acerbes. De quel droit pouvais-je remettre en question ce que disaient nos dirigeants ? Pourtant, tout ce que j’aurais aimé retrouver dans les consignes gouvernementales se limitait à ne pas considérer les « snowbirds » comme une communauté monolithique. La réalité des propriétaires de condos floridiens qui se rendent sur place en avion ou en voiture est bien différente de ce que vivent les caravaniers.

Durant le trajet pour atteindre ou revenir de la Floride le premier groupe de  « snowbirds » doit recourir à l’avion pour le voyage, un milieu extrêmement pathogène et propice à la contamination. Quant à ceux qui s’y rendent en automobile, ils ne peuvent que s’en remettre aux haltes routières pour soulager leur vessie, aux restaurants pour se sustenter et aux hôtels ou motels pour passer la nuit. Un manège qui, se répétant sur deux ou trois jours, ne fait que multipliser les risques d’attraper la COVID-19.

Quant au caravanier, circulant dans son univers contrôlé, pause pipi, repas et coucher pouvaient se faire sans mettre le nez dehors. Les seules occasions où il devait inévitablement mettre le nez dehors consistaient dans les arrêts à la pompe. Le port de gants légers et jetables et l’utilisation d’une carte de crédit pour payer directement à la pompe ramenaient le risque réel à tout près de zéro.

Curieusement, quelques semaines plus tard, l’affolement passé, et confronté au problème des grands nomades qui ne pouvaient réintégrer une résidence fixe puisque leur seul abri permanent se résumait à leur véhicule récréatif, les gouvernements reconnaissaient aux VR un degré de sécurité identique à celui d’une habitation conventionnelle. Par voie de conséquences, il accordait aux terrains de camping pourtant officiellement interdits de fréquentation, une dérogation leur permettant d’accueillir les nomades à plein temps à condition que ceux-ci se placent en quarantaine pour deux semaines. Le bon sens venait de triompher sur la panique.

Malheureusement, dans cette aventure et l’urgence décrétée, d’autres facteurs ont également pénalisé les caravaniers. J’en retiens deux en particulier dont l’importance fut considérable. Le premier facteur qui fit monter d’un cran la panique fut une alerte émise par les assureurs proposant une couverture médicale lors de voyages à l’étranger. Je n’aborderai pas aujourd’hui cet élément qui, selon moi, tient de la « fake news », car j’aurai l’occasion d’y revenir dans un dossier sur lequel je pioche, à paraître dans une prochaine édition de Camping Caravaning sur les assurances voyage.

Le second fut la fermeture de la frontière Canada États-Unis. Là aussi, les nuances ont pêché par leur absence puisque les autorités ont oublié de préciser que la fermeture de la frontière canadienne ne concernait pas les citoyens et résidents canadiens, mais uniquement les personnes de nationalité étatsunienne ou autres. Jamais le Canada ni aucun pays d’ailleurs ne pourrait interdire à ses citoyens le droit de revenir chez eux. Pourtant le manque de clarté a fait en sorte que plusieurs caravaniers ont craint de se voir coincés au pays du grand canard. Sous le coup de l’émotion et en bons citoyens soucieux de se conformer aux directives, plusieurs ont sur le champ choisi d’entreposer leur VR dans ce pays pour revenir en urgence comme le demandait le gouvernement.

Aujourd’hui, la frontière américaine étant toujours interdite, ils sont nombreux, maintenant que les campings sont de nouveau ouverts, à regarder passer la belle saison et à se contenter de se remémorer leurs escapades de l’été dernier. Plusieurs m’ont contacté, directement ou via le magazine, pour demander s’il existait une solution pour régler ce déprimant problème.

Dans un premier temps j’ai donc contacté les autorités frontalières canadiennes où tout ce que j’ai obtenu comme réponse fut que cette question ne les concernait pas et que je devais en discuter avec les services frontaliers américains. J’ai donc obtempéré en début de semaine, mais je suis toujours en attente d’un retour d’appel. Optimiste, j’espère obtenir une réponse sous peu que je pourrai vous communiquer la semaine prochaine pour en aider plusieurs à sauver ce qui reste de leur été de caravanier.

À suivre…