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Maryse Tremblay

Mes campings à travers le monde…

Bédouins et Palestiniens… Deux réalités !

Durant les deux semaines passées en Palestine, de même qu’en Jordanie, j’ai eu maintes fois l’occasion d’être accueilli chez des Bédouins, de manger chez eux, de participer à des activités avec eux, de les croiser en sentier et même de coucher dans des campements.

La rencontre avec Jameel Al Hammadkeen a été particulièrement instructive. Ce jeune chef de clan, qui habite le secteur de Sea Level, est traditionaliste lorsqu’il s’agit de la pérennité de la culture bédouine, mais plus avant-gardiste lorsqu’il s’agit des moyens à prendre pour la sauvegarder. Il croit résolument au tourisme pour assurer la suite de son monde. Lui, et plusieurs autres groupes, ont développé toutes les infrastructures nécessaires pour accueillir des groupes de touristes dans leurs campements et proposer des activités aux voyageurs, dont les excursions en 4 X 4 dans le désert et la randonnée pédestre.

Le campement

Lorsqu’on parle de campement bédouin, il ne s’agit pas vraiment de camping sous la tente comme nous l’entendons chez nous. Il faut parler de chapiteau recouvert de toiles ou de grandes bâches de matière plastique. Rien de très poétique visuellement. Chacun de ces abris accueille une famille comptant généralement plusieurs enfants. Et lorsque quelques unités familiales se regroupent, on parle déjà d’un village avec des services communs et une structure politique. Dans les communautés mieux organisées, le chapiteau constitue un grand espace de vie. Encore une fois, une structure portante recouverte de toile généralement noire. Des matelas sont dispersés tout autour de cet espace et on s’y installe accroupi pour le thé, le repas ou pour sociabiliser. Puis pour dormir.

Après le repas gargantuesque qu’il nous a servi, Jameel s’est assis avec nous pour parler de sa réalité. « Nous sommes le peuple du désert. Nous sommes venus du désert du Néguev parce que les Israéliens nous en ont chassés. Nous nous sommes installés en Palestine alors qu’elle était sous autorité jordanienne. Aujourd’hui, les Israéliens veulent à nouveau nous expulser, mais, lorsqu’ils démolissent nos camps au bulldozer, nous les reconstruisons. Lorsqu’ils nous chassent, nous nous installons ailleurs. » Les Palestiniens semblent bien les intégrer et voient dans leur présence un avantage certain en ce qui a trait au développement touristique.

Pour passer la nuit dans un campement bédouin, mieux vaut utiliser de bons bouchons d’oreilles afin de neutraliser le concert des hurlements des chiens visant à éloigner des troupeaux de chèvres les loups et les hyènes. Ceci, en plus des poules, des ânes et des ronflements des voisins…

En sécurité

Durant une semaine, nous avons multiplié les découvertes au fil du sentier Masar Ibrahim afin d’en constater la grande diversité. J’ai naturellement abordé cette destination avec les craintes normales que l’ignorance et toutes les informations contradictoires nourrissent en nous. Mais, quand même, avec une immense excitation et une profonde curiosité. J’avais auparavant visité Israël et j’arrivais de Jordanie, mais sans savoir à quoi m’attendre en Palestine. Bien avant le départ toutefois, j’avais la certitude d’aller y vivre une expérience hors du commun.

Réglons LA question concernant la sécurité. La Palestine qui m’a été révélée n’effraie ni ne menace personne, mais, plutôt, elle charme et enjôle. Jamais… Pas un instant… Pas une seconde je ne me suis senti en danger, insécurisé, ni même inquiet. Souvent, j’ai éprouvé un malaise devant les conditions de vie insoutenables imposées aux Palestiniens, devant le mur de la honte à Bethléem ou devant les douaniers soupçonneux.

Trop souvent, nous confondons la situation explosive dans la bande de Gaza, un enclos surpeuplé de 365 km²,  avec ce qui se passe dans l’ensemble de la Palestine, un état qui fait plus de 6000 km².

Je craignais que les Palestiniens tentent de me passer des messages ou de m’enrôler, ce qui ne fut jamais le cas. Ceux qui nous accompagnaient ou que nous avons rencontrés ont fait preuve d’une immense discrétion et il a même fallu insister pour engager de véritables discussions politiques avec eux. Ce qui s’avère naturellement inévitable…

« Nous ne cherchons en rien à convaincre qui que ce soit de quoi que ce soit. Nous n’abordons surtout pas les touristes avec un discours partisan parce que la dernière chose que nous souhaitons, c’est de les effrayer. Certes, tous les Palestiniens et les Bédouins répondront aux questions qui leur sont posées sur leurs conditions de vie, leur histoire et leurs espoirs. Mais ils ne prendront jamais les devants afin de respecter la qualité de l’expérience de leurs visiteurs, » affirme George S. Rishmawi, directeur exécutif de Masar Ibrahim al-Khalil.

Leurs objectifs sont de mettre en place une industrie touristique à partir de l’engouement international envers les activités de plein air. De soutenir les communautés rurales. De restaurer une économie où les jeunes peuvent s’inscrire et au sein de laquelle les Palestiniens perçoivent leur part du gâteau. Une industrie qui engendre des retombées en Palestine alors que la quasi-totalité des activités touristiques en Terre-Sainte sont initiées et dispensées à partir d’Israël, ne laissant que des miettes aux Palestiniens.

À tous ceux qui peuvent trouver bizarre ou déplacée l’idée de faire du tourisme en Palestine, rappelons que la Terre-Sainte accueille environ 3 millions de touristes annuellement, sans que cela ne crée de troubles apparents comme nous l’avons constaté à Bethléem en particulier.

Ce genre d’expérience culturelle et plein air en Palestine est initié par le fonds d’investissement privé et équitable Siraj et encadré par un organisme professionnel, Masar Ibrahim al Khalil, qui développe des forfaits sur mesure, recrute des guides expérimentés, organise l’hébergement et le transport.

Hébergement et entreprises

L’hébergement en Palestine s’avère de qualité étonnante. On y loge dans des hôtels modernes et confortables. L’expérience en campement bédouin est de celle qui nous marque à vie. On trouve des gites et auberges parfois sobres, mais aménagés avec gout, propres et pittoresques. La bouffe est partout excellente.

Particulièrement si on aime les humus et trempettes, taboulé, les pains plats, les koftas, les desserts faits de noix, amandes et pistaches, dont les baklavas… On se régale !

Web et Facebook :
Sentier Masar Ibrahim : masaribrahim.ps / www.facebook.com/masaribrahim