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Terre-Neuve : Péninsule Nord et St Anthony

De Blanc-Sablon, on ne se trouve qu’à 16 km de Terre-Neuve dont on aperçoit aisément les côtes par temps clair. Une courte traversée, qu’il est préférable de réserver à l’avance, nous y conduit pour une exploration qui durera six semaines.

En débarquant du traversier à St Barbe, nous prenons la direction de St Anthony. C’est ce moment que la vitre électrique de la portière côté conducteur choisir pour nous lâcher. Nous poursuivons donc le voyage avec une vitre tenue fermée avec du ruban adhésif (Tuck Tape).

Wilfred Grenfell

Outre des baleines et des icebergs, on découvre à St-Anthony une figure régionale marquante : le Dr Wilfred Grenfell. Au tournant du XXe siècle, ce jeune médecin britannique consacre sa vie à la population du Labrador avec son bateau-hôpital, en fondant des dispensaires puis un hôpital à St Anthony. Son histoire est parsemée d’actions héroïques et de relations avec les grandes personnalités de l’époque.

La visite comprend le centre d’interprétation, la superbe résidence du Dr Grenfell et la rotonde de l’entrée du Charles Curtis Memorial Hospital ou se trouvent de fascinantes murales de l’artiste montréalais Jordi Bonet (1967).

Excursions en mer

Au long du circuit routier nommé Iceberg Alley, les municipalités de St Anthony et, surtout, Twillingate, mènent le bal. En juin, les bateaux d’excursions proposent aux nombreux touristes de se rapprocher des icebergs qui font le pied de grue dans la baie et sur les côtes. Et la clientèle en est ravie. Si jamais un rorqual à bosse vient dresser la queue devant une forteresse de glace, c’est carrément l’apothéose sur les ponts et les caméras se déchaînent.

Twillingate, quant à elle, s’est autoproclamée « capitale mondiale des icebergs » et toute une armada de petits bateaux de croisière tournait autour des deux icebergs présents lors de notre passage. Même s’ils étaient magnifiques, l’un d’eux présentant une arche grandiose et fragile, c’était beaucoup d’insistance. Mais, quand l’iceberg est le produit d’appel central, on fait avec ce qu’on a. Comme pour les baleines, le spectacle ne peut pas être mis en scène et rien n’est garanti.

L’île de Quirpon

À l’extrême nord-est de l’île de Terre-Neuve, Ed English a profité de la mise en vente des phares et de leurs installations par le Gouvernement fédéral pour acquérir les bâtiments de l’île Quirpon, qui fait près de 6 km de longueur, et y aménager une auberge merveilleusement typique et chaleureuse où se retrouvent autour de la grande table du souper des voyageurs du monde entier venus admirer les icebergs. Son entreprise, Linkum Tours, propose du kayak de mer et des sorties en zodiac pour côtoyer les baleines, mais les icebergs font salle comble au Quirpon Lighthouse Inn dès le début juin, un mois avant la saison des baleines. Ça fait du bien de sortir du VR après quelques semaines ; de s’offrir un court séjour en auberge et de rencontrer du monde.

Twillingate

Capitale mondiale des Icebergs, comme je le mentionnais plus haut, les îles de Twillingate proposent de nombreuses croisières à la rencontre des géants de glace et des baleines ou à la pêche à la morue. Le secteur possède plusieurs circuits côtiers de randonnée pédestre longeant les crêtes escarpées. Les hameaux voisins de Crow Head et Little Harbour valent le détour. Très touristique, Twillingate compte d’excellents restaurants de fruits de mer, un café sympathique (Crow’s Nest Cafe) et une des rares poissonneries à Terre-Neuve. Le phare de Long Point est le chouchou des photographes et les fêtards se retrouvent pour un souper spectacle ou un « shed party » typique.

Finalement, nous avons passé presque tout l’été à Twillingate, soit les quatre jours où il a fait près de 30 degrés avec un soleil de plomb accompagné d’un vent d’enfer. Si on ajoute à cela les deux belles journées précédentes au parc de Gros Morne, on peut dire que l’été terre-neuvien a été généreux. Blague à part, le séjour dans les îles de Twillingate, dans la région Centre de Terre-Neuve, s’est étiré un peu à cause d’un petit problème mécanique, mais il nous a permis de découvrir un extraordinaire réseau de sentiers pédestres qui longe les falaises les plus escarpées et procure des points de vue incroyables. Sa nature soumise aux rigueurs des vents, sa végétation rachitique, ses iris versicolores nains qui fleurissent aux derniers jours de juillet, ses buissons de conifères couchés par la charge éolienne et dans lesquels on a dû ouvrir des tunnels pour faire passer le sentier… Tout ça me fait beaucoup penser à la Corse, à ses paysages austères et tranchés au couteau ainsi qu’à son maquis infranchissable. À cela s’ajoutent les gros corbeaux effrontés qui nous suivent et nous narguent de leurs cris et de leur regard glacial.

Parlant de glace, notre magnifique iceberg en forme d’arche a vu le sommet de son arche s’effondrer le second jour, puis la moitié de son pilier droit le lendemain. Nous aurions adoré assister à ce spectacle, mais nous avons dû nous contenter du démembrement d’un plus petit, mais très joli, iceberg dans la baie de Crow Head, alors que j’achevais une pêche infructueuse au bout du quai.

Un iceberg vraiment exceptionnel, bâti comme un château médiéval, nous a également éblouis dans la baie de Little Harbour, à quelques km de Twillingate. Nous l’avons exploré sous toutes ses coutures en kayak sous le soleil de fin de journée, lui et un autre profondément creusé de sillons laissés par les différents niveaux de flottaison quand il était à la verticale.

Ce soir-là, nous nous sommes offert notre plus beau squat à vie en campant devant ce panorama délirant après une saucette dans l’eau glaciale de la mer devant l’iceberg. Tout ça avec la complicité de presque tous les gens du village qui sont venus nous jaser. Beaucoup de simplicité, d’humour, de décontraction, de générosité, de curiosité et un immense sens de l’accueil les caractérisent. Le squat du lendemain, sur les falaises de Twillingate, n’était pas piqué des vers non plus… Mais quel vent !