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La tournée Atlantique : de Forillon à Percé (2)

À l’assaut du rocher Percé !

À partir de Penouille, le côté sud du parc Forillon expose une réalité historique souvent émouvante. En contradiction avec le thème du parc : « L’harmonie entre l’homme, la terre et la mer », ce terri­toire est habité de fantômes qui évoquent la dure expropriation de 1968 d’un groupe de pêcheurs pauvres, traditionnellement exploités et sans défense. À Grande Grave, le magasin Hyman & Son, symbolise l’esclavage des pêcheurs de morue, un autre triste épisode de l’histoire des porteurs d’eau québécois évoquée dans le populaire téléroman « L’ombre de l’épervier ». L’édifice admira­blement bien conservé et animé. Tout près, dans la maison et les bâtiments de la famille Blanchette, on dirait que le temps s’est arrêté. La reconstitution d’époque est très convaincante. Il y a aussi cette nature magnifique de mer et de montagne, colorée de longs champs d’épilobes qui frissonnent au vent. Un sentier pédestre sillonne délicatement la côte fleurie. Un autre, également accessible aux vélos, commence où la route se termine. Si vous pouvez grimper la dernière côte avant d’accéder au phare et au splendide panorama du cap Gaspé, c’est que vous êtes en forme. Ça vaut le coup également de se rendre au promontoire du cap Bon Ami, en surplomb de la mer, d’où on peut descendre sur une grande plage de galets ou contempler les mouettes tridactyles qui s’accrochent aux strates calcaires. De plus, chaque jour, d’intéressantes activités d’interprétation sont offertes par les naturalistes du parc, attirant parfois des centaines de curieux à Grande-Grave.

 

Gaspé

Après une route plutôt monotone, à l’exception d’un arrêt à Fort-Prével qui nous en apprend long sur la défense du golfe contre les sous-marins allemands durant la dernière Guerre mondiale, toute la petite famille est littéralement éblouie à l’apparition subite du rocher Percé, de l’île Bonaventure et des riches maisons anciennes qui ont vue sur le rocher. Le lieu touristique par excellence au Québec fait toujours effet, même sur les plus blasés. En saison, le camping de la Sépaq à Percé est naturellement débordé. On s’y trouve quand même une petite place en arrivant en fin d’avant-midi. L’endroit, bien que très ordinaire, est exceptionnellement bien situé, au cœur d’un village qui ressemble de plus en plus à une version maritime des municipalités touristiques des Laurentides. Les rues sont bloquées. On se marche sur les pieds. Les restaurants sont bondés. Percé est engorgé! Après avoir fait le tour des nombreuses boutiques de souvenirs, nous coordonnons notre programme du lendemain avec l’horaire des marées afin de nous rendre au trou du rocher à pied. Une activité qui est aujourd’hui interdite et on comprend aisément pourquoi.

Sus au rocher !

Quoi de plus bucolique que le Roi soleil qui enflamme les parois du rocher Percé à son lever, célébré par l’ode déconcertante des mouettes? Certains d’être les premiers à nous délecter de ce spec­tacle et à nous aventurer le long de l’énorme bloc calcaire de 88 m de hauteur par 438 m de longueur, nous voilà à 7h00 sur le sentier pierreux qui se dégage au baissant. Encore une fois… Cette randonnée est maintenant interdite. Pourquoi ? C’était une évidence pour nous lorsque nous l’avons faite. Petit retour dans le temps…

Bottes jaunes aux pieds, nous suivons au pas la foule qui croît de minute en minute. On repassera pour l’intimité. Les petites mesdames en beaux souliers, les petits messieurs en espadrilles blanches, le “plein air” en sandales, le groupe s’engage à la queue leu leu, rire aux lèvres, sur un parcours qui rétrécit rapidement. On en vient à s’agripper au rocher; à sauter d’une pierre à l’autre; à se faufiler entre deux vagues pour ne pas se mouiller. Rien n’y fait. Ceux qui se rendront à l’orifice convoité devront se saucer les pattes au froid. Commence alors le ballet chaotique des glissades subites; des plon­geons inopinés; de la « belle caméra que j’ai payée 900$ puis qui est toute mouillée »; des têtes qui se co­gnent aux roches; des enfants qui ne trouvent plus ça drôle et des parents qui « marchent à maison ! » J’ai même vu un papa particulièrement brillant qui avait équipé son fiston d’un piolet et qui a pris son enfant sur ses épaules pour lui permettre d’arracher des pierres le plus haut possible dans le trou du Rocher. Le triomphe de la bêtise humaine a duré trop longtemps et les autorités y ont heureusement mis un terme.

Fous de l’île

Visite indispensable: l’île Bonaventure. La traversée commence dans la confusion. Le système mis sur pied par les bateliers de Gaspé semble incompréhensible. Tout le monde vend des billets partout; on ne sait pas ce qu’on achète, avec qui on part et avec qui on revient. Sur l’ancien bateau de pêche qui nous fait faire le tour de l’île, on aperçoit déjà des nuées de fous de Bassan qui survolent les hauteurs où ils nichent. Malheureusement, l’interprétation maison est plutôt boiteuse sur notre embarcation. À terre, on nous propose plusieurs sentiers de randonnée puisque les fous de Bassan sont du côté opposé. Le plus long: le Chemin du Roy (4,9 km) s’avère définitivement le plus agréa­ble. Au bout, on commence à entendre des cris rauques intenses puis l’horizon s’ouvre tout à coup sur 50 000 grands oiseaux blancs. Hallucinant! Ça se bouscule; ça s’envole; ça se coltaille en étirant le cou; ça rafistole le nid et ça surveille la marmaille duveteuse. Pour tout amant de la nature, le spectacle saisissant des fous de Bassan reste inoubliable. Tout comme cette île fabuleuse où la famille Le Boutillier a régné pendant un siècle. Au retour, on peut même visiter de nombreuses maisons abandonnées ou se détendre sur une plage parsemée d’agates.

Le périple gaspésien se poursuit sur une route plaisante jusqu’à Carleton où on se doit de grimper en auto au sommet du mont Saint-Joseph pour admirer toute la baie des Chaleurs et le Nouveau-Brunswick, prochaine étape de notre voyage.