Catherine Forest et Jean-François Roldan ne tiennent pas en place. Avec leurs trois filles, ils ont habité au Yukon, au Costa Rica et au Québec. Ils ont bien tenté de s’enraciner sur une terre à Orford, en Estrie, mais au bout de cinq ans d’envies refoulées, ils ont abandonné toute résistance à l’appel du large.

Les voilà donc nomades depuis presque cinq ans. Ils parcourent l’Amérique au gré des saisons à bord de leur autocaravane. L’été, ils vagabondent à travers le Yukon, leur port d’attache, là où les trois enfants ont vu le jour. Puis, quand le froid se pointe le nez, ils migrent au sud en quête de chaleur et de paysages.

« Nous ne sommes pas heureux quand nous sommes sédentaires », confie Catherine, traductrice de métier comme son mari, avec un haussement d’épaules. « Nous aimons vivre en plein air. Quand nous avions une maison, nous commencions à préparer les excursions de fin de semaine dès le jeudi. Nous revenions le plus tard possible le dimanche et passions nos lundis à tout nettoyer et à ranger. Pour recommencer le jeudi suivant. Finalement, il valait mieux pour nous d’adopter ce mode de vie à temps plein », explique-t-elle.

Le changement fut naturel pour les trois filles, deux jumelles aujourd’hui âgées de 12 ans et une benjamine de 10 ans. Comme leur mère leur a toujours fait l’école à la maison, elles n’ont eu qu’à mettre leurs manuels scolaires dans leurs bagages.

« Ce n’était pas un gros changement pour les enfants. Nous avons simplement pris notre vie et l’avons mise dans le bus », explique la maman, tout en assurant qu’un retour à la sédentarité n’est jamais exclu. « Jean-François et moi, nous ne le ferions pas si les enfants n’étaient pas heureux. La situation est réévaluée chaque année. Les jumelles entrent dans l’adolescence et elles voudront peut-être arrêter de voyager. Mais pour l’instant, elles aiment encore ça. »

Moments précieux

Avec la conscience de ce temps qui ne reviendra pas, la famille cherche donc à vivre l’expérience à fond. À défaut d’espace dans le bus pour empiler des souvenirs, elle accumule les moments précieux comme ce lever de soleil sur le Grand Canyon, ou encore cette nuit passée tout collés à regarder les étoiles au parc national Joshua Tree en Californie.

« Mon plus beau souvenir demeure le sentier Chilkoot en Alaska », se remémore Catherine. « Voir les filles monter le passage difficile des Golden Stairs avec le sourire, ça m’a impressionnée. Elles se retournaient pour m’encourager et me dire : “Vas-y, maman. T’es capable !” Je me suis dit : “OK, on est rendu là”. »

Cela dit, la famille Forest-Roldan ne vit pas repliée sur elle-même, affirme la maman. Au hasard de la route et avec les médias sociaux, chacun s’est créé un réseau d’amis nomades comme eux, qui n’hésitent pas à changer les itinéraires pour provoquer les rencontres.

Souvent, ils demeureront au même endroit de deux à trois semaines, non seulement pour découvrir les environs, mais également pour faire le plein de nouveaux amis.

« Ce ne serait pas sain de vivre en huis clos. Moi, j’ai besoin de ma communauté, de mon village », convient Catherine Forest, blogueuse et photographe présente sur Instagram et autres Pinterest. « La technologie a tellement évolué ces dernières années. Elle permet les rencontres, elle facilite le travail et elle aide à planifier les voyages. Déjà, entre 2012 (lors d’un premier essai familial) et maintenant, il y a un monde de différence. »   

 

L’internet aide notamment à faire l’école à distance. La commission scolaire francophone du Yukon offre un programme scolaire complet par correspondance. Elle alloue 1 200 $ par enfant par année pour l’achat de matériel, comme des livres ou des outils électroniques, et l’accès à deux conseillers pédagogiques.

« Elle nous fait plus confiance que le font les commissions scolaires au Québec », glisse la maman. Elle confie, malgré tout, sa crainte d’avoir atteint ses limites d’éducatrice avec l’entrée prochaine de ses deux ainées au secondaire en septembre.

Robustesse exigée

La famille Forest-Roldan avait déjà tenté une première expérience à bord d’une caravane en 2011, mais celle-ci n’a pas résisté à une utilisation intensive et à la rudesse des routes. Elle s’est donc mise à la recherche d’un des fameux et robustes Wanderlodge. « On ne voulait pas quelque chose de cheap, ni se lancer dans la conversion d’un autobus. On cherchait un véhicule qui avait une forte personnalité pour attirer les gens et créer des rencontres. »

Mission accomplie. Où que ce soit, l’arrivée du vieux Wanderlodge fait son effet. Ces autocaravanes au charme suranné, construites par le fabricant américain d’autobus scolaires Blue Bird, représentaient le summum du confort motorisé de 1960 aux années 1980.

« Il y en a très peu au Canada. Elles se trouvent surtout aux États-Unis. Jean-François est allé en voir plusieurs avant de trouver celle-ci chez un vieux couple en Indiana », raconte Catherine. « Ce que j’aime surtout, outre sa solidité, c’est que tout l’aménagement intérieur est en bois véritable. Aucune colle, aucun matériau synthétique. »

Vivre à cinq dans un autobus n’est pas toujours facile. « On vit à l’étroit », concède la maman. « Ce n’est pas une autocaravane moderne avec des rallonges escamotables. Et comme la fenestration n’est pas énorme, il fait souvent sombre à l’intérieur. Cela nous oblige à sortir et aller voir tout ce qu’il y a de beau autour de nous. »

Pour permettre justement les sorties à vélo, d’escalade ou en randonnée, la famille traine toujours sa Westfalia synchro. « Elle nous permet d’aller camper la fin de semaine, ou d’aller à des endroits inaccessibles avec le bus. C’est celle que mon père s’était achetée en 1987. Je me vois encore toute petite dedans. Je voulais toujours qu’on parte quelque part ! »

Près de 30 ans plus tard, ce gout immodéré du voyage n’a pas quitté Catherine. Il y a fort à parier que, dans 30 ans, ses filles seront quelque part au volant d’un véhicule récréatif. 

Texte : André Laroche
Photos : Catherine Forest
Magazine Camping Caravaning, vol 23/no 2, mai 2017. 

À lire aussi
● Les États-Unis en famille
● Une rencontre de famille inusitée