La direction du camping Domaine du Grand R, à Trois-Rivières, caresse une bien grande ambition : Devenir le « Disneyworld des campeurs » entre Montréal et Québec. Un objectif sur le point d’être atteint.

Une plage, un lac artificiel avec eau chlorée et filtrée, des glissades et des jeux d’eau, une patinoire, un ciné-parc tous les lundis et jeudis en soirée, trois bingos par saison avec 500 $ en prix chacun, cinq weekends de jeux gonflables par été, un orchestre tous les samedis soir, une fête d’Halloween qui s’étale sur deux jours, le traditionnel Noël du campeur… Depuis l’arrivée de Nathalie Valcourt à la tête du camping Domaine du Grand R en 2004, cet établissement de Trois-Rivières est méconnaissable.

Un camping revitalisé

D’un camping qui éprouvait de sérieuses difficultés financières, l’entreprise est devenue un commerce touristique fructueux où les campeurs s’arrachent les quelque 500 lots de la mi-mai jusqu’à la fermeture à la mi-septembre. Enmoins de sept ans, le chiffre d’affaires de ce terrain trifluvien a triplé et ça continue de grimper. Le cap du million de dollars est maintenant à sa portée.

« Je réponds tout simplement aux besoins de la classe moyenne », explique la gestionnaire de 44 ans à qui l’on doit cet impressionnant tour de force. Ex-intervenante auprès des enfants, Nathalie Valcourt est convaincue que le succès de sa gestion repose justement sur un principe de base de son ancienne carrière : comprendre ce que veut sa clientèle de prédilection, les jeunes familles.

« Les gens travaillent tellement fort pour s’offrir des vacances qu’une fois la barrière du camping franchie, s’amuser avec leurs enfants doit constituer leur seul et unique souci », soutient celle qui, elle-même, est une maman de trois enfants. Grâce à la panoplie d’activités familiales, aussi étourdissantes qu’un manège, offertes à prix fixe au cours de la saison, Nathalie Valcourt peut dire mission accomplie.

Une formule tout inclus

Au Domaine du Grand R, tout est inclus dans le tarif de location de l’emplacement de camping, y compris l’accès au parc aquatique, l’activité vedette de l’endroit. À l’exception des cartes de bingo à 25 ¢ chacune et du petit-déjeuner du Noël des campeurs, offert aux adultes à 3 $, la direction assume les frais de toutes les autres activités. Un budget qui frôle aisément les 25 000 $. « Plutôt que d’investir cet argent en placement publicitaire, je préfère le consacrer à ma clientèle, qui me le rend bien d’ailleurs », souligne cette généreuse dirigeante, originaire du Bas Saint-Laurent.

Une histoire de famille

Justement, qu’est-ce qui a motivé Nathalie Valcourt à quitter le Bas-du-Fleuve et à mettre en veilleuse sa carrière d’intervenante pour gérer le mégaterrain de camping situé à l’extrémité de la rue des Prairies, dans le secteur Saint-Louis-de-France ? Le propriétaire du camping lui-même, Jean Ricard. Comme le dit le proverbe, « qui prend mari, prend pays ». Dans le cas de Nathalie Valcourt, le pays en question était le camping familial dont son conjoint Jean Ricard a hérité.

La première fois que Nathalie Valcourt a vu les installations du camping, elle en a eu le coeur brisé. D’un côté, elle voyait tout le potentiel de cette « mine d’or » dont disposait son conjoint. De l’autre, il y avait les employés, laissés à eux-mêmes, et la clientèle très exigeante sans vouloir payer en retour, deux facteurs qui nuisaient sérieusement à la santé financière de l’entreprise. 

« Jean, tu n’aimeras peut-être pas ce que je vais faire », a prévenu Nathalie, mais ce dernier lui donnait déjà carte blanche. Il avait flairé que sa dulcinée saurait comment faire tourner le vent de bord.

Une réorientation

Le vent ? Plutôt un ouragan ! Nathalie Valcourt a complètement rebâti l’équipe afin de s’entourer de gens aussi professionnels, souriants et dynamiques qu’elle. À ce propos, notez que la quarantaine d’employés, principalement composée d’étudiants, lui demeure très fidèle. Alors que plusieurs campings sont aux prises chaque année avec un fort taux de roulement, au Domaine du Grand R un seul employé de la cuvée 2010 ne sera pas de retour cet été.

Nathalie Valcourt s’est également attaquée à la vocation de l’établissement. Le camping, qui était devenu au fil des ans une destination de retraités, s’est métamorphosé en camp de vacances pour jeunes familles.

De 180, les emplacements saisonniers ont presque doublé pour atteindre le nombre de 335. Une clientèle qui assure un revenu fixe à l’entreprise. Ces espaces, dont plus de la moitié était occupé par des retraités, sont aujourd’hui utilisés à plus de 80 % par des jeunes familles résidant entre Montréal et Québec.

Remarquez, la hausse du nombre de lots pour saisonniers a entrainé l’élimination complète des emplacements pour campeurs sousla tente. Une décision administrative difficile qui soulève chaque été le mécontentement des clients qui préfèrent dormir sous un abri de toile. N’empêche que Nathalie Valcourt ne regrette pas sa décision. « Il y a des campings pour tous les types de clientèle. Nous avons décidé de privilégier la clientèle propriétaire de VR », précise-t-elle.

Tous les bâtiments du camping, les blocs sanitaires, les deux buanderies, la salle communautaire, le restaurant, le casse-croute et le bar laitier ont été retapés. « La touche de Jean », tient à souligner Nathalie. Depuis 2009, le camping est également relié aux services d’égout et d’aqueduc dela ville. Cetété, des forfaits wifi s’ajoutent à la liste des services.

Trop populaire ?

Le seul bémol à la revitalisation du camping trifluvien — qui, foi de ses clients vaut bien plus que trois étoiles — demeure ses dates d’ouverture. L’été est beaucoup trop court à leurs yeux. Chaque année, une dizaine de saisonniers multiplient les demandes auprès du couple Ricard-Valcourt pour qu’il accepte de prolonger l’ouverture du camping au moins jusqu’au 15 octobre. Une requête à laquelle la direction refuse, à contrecoeur, de donner suite. « Gérer efficacement un camping exige énormément d’énergie. Un sourire constant, du dynamisme, de l’empathie, de la psychologie… C’est un travail à temps plein auquel Jean et moi nous consacrons corps et âme de l’ouverture à la fermeture, 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. Par conséquent, conclut-elle, lorsqu’arrive la fin de la saison, il faut savoir dire non. Il en va de notre santé physique et mentale… des éléments clés pour assurer le succès de l’entreprise. »

Texte et photos : Claudine Hébert
Magazine Camping Caravaning, vol. 17/no 3, juin 2011. Acheter ce numéro

 

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