Si pour vous le camping est exclusivement un loisir d’été qui ne se pratique que lorsqu’il fait très chaud, lisez cet article pour enfin vous donner envie de prolonger la saison. Caravaning, petite laine et boisson chaude peuvent bel et bien constituer un trio gagnant. Et apportez le vélo pour en profiter pleinement !

Année après année, en octobre, souvent à l’Action de grâces, les bernaches du Canada, communément appelées outardes, effectuent une halte sur la rivière des Outaouais. Même si leurs corridors de migration changent, elles se pointent toujours. Tantôt sur la rive québécoise, tantôt sur la rive ontarienne, postées en amont de la centrale hydroélectrique de Carillon, elles prennent du repos avant d’entreprendre le grand périple qui les mettra à l’abri des rigueurs de l’hiver. Chaque année à la même époque, un nombre croissant de campeurs se donnent rendez-vous pour venir admirer l’oiseau en migration. Le rythme de fin de saison, dans le calme des premiers jours d’automne, se révèle moins forcené que celui de la saison estivale. À la veille de la fermeture de la majorité des terrains de camping du Québec, on se retrouve entre campeurs pour profiter jusqu’à la dernière minute des joies du plein air. Seules les bernaches viennent rompre le silence par leurs cris stridents, laissant croire qu’un immense poulailler se trouve à proximité. Leurs envolées offrent un spectacle exceptionnel, avec des représentations plusieurs fois par jour. Comme la nature se met au ralenti, le temps est idéal pour s’adonner à l’observation, voire participer à un véritable festival de la lunette d’approche. De plus, la chasse photographique à l’oiseau migrateur est facilitée par leur très grand nombre.

Au camping

Nous sommes réunis au camping municipal de Brownsburg-Chatham pour effectuer notre habituel pèlerinage de fin de saison entre amis. Surprise : contrairement aux années précédentes, l’achalandage est grand. Les outardes ne seront donc pas les seules en importantes concentrations…

Les arbres matures d’une grande beauté et la dimension imposante de chacun des emplacements procurent un isolement fort apprécié, malgré les piaillements venant du ciel qui enterrent bien des conversations ! Tout concourt à ce que l’on adopte le mode contemplatif. À l’instar de la nature, les humains prennent aussi plaisir à vivre au ralenti. Bien installés pour l’apéro, on peut apercevoir les bateaux qui entrent ou sortent de l’écluse de Carillon les uns après les autres, probablement en route vers le lac des Deux-Montagnes, Montebello ou Ottawa. Pour eux aussi, le compte à rebours de la fin de l’été est entamé… Toujours bien assis, on peut aussi contempler, juste en face, sur l’autre rive, les superbes fermes ontariennes dont les silos dominent l’horizon. Plus tard dans la soirée, pendant que tous sont concentrés à admirer le feu de camp, les ratons laveurs, en véritables petits effrontés, passent et repassent sans que personne ne s’en formalise. Le soir, la température baisse de plus en plus. Chacun rentre dans ses quartiers et s’emmitoufle dans de chaudes couvertures, signe du changement de saison qui s’opère. Les feuilles se détachent des arbres, ce qui donne une meilleure vision du ciel. En sirotant paisiblement le café du matin, on distingue clairement l’escadron de ventres tout blancs qui passe au-dessus de nos têtes. Les volées de bernaches se disposent pour reproduire les lettres « V » et « I ». Magnifique…

Le plein d’activités et de visites

L’emplacement idéal du terrain de camping permet à ceux qui ont la bougeotte de se divertir de mille et une façons. On peut – surtout si l’on est cycliste – faire des activités différentes pendant plusieurs jours sans déplacer son VR.  

 

Si l’on aime les grandes manifestations technologiques de l’homme, on visite d’abord la centrale hydroélectrique de Carillon, pour ensuite explorer le lieu historique national du Canada du Canal-de-Carillon et son écluse. Marcher dans le parc, pour ne pas dire flâner le long du canal en arrêtant aux divers postes d’observation des écluses, constitue une activité ludique en soi. Il faut aussi aller voir le nouveau belvédère qui offre une vue imprenable sur la rivière et la centrale.

Sur le site de la célèbre bataille du Long-Sault, fatale à Dollard des Ormeaux et à ses braves, l’histoire prend sa place à la Maison du Percepteur avec une exposition interactive et au Musée régional d’Argenteuil, situé tout près. Tradition typiquement anglo-saxonne, le de l’après-midi sur la terrasse du musée fait de nombreux adeptes les jours ensoleillés. Tout près du lieu national, les villages de Saint-André-d’Argenteuil et de Carillonont établi leur propre circuit patrimonial avec panneaux d’interprétation. Intéressant ! Par la suite, toujours à vélo, il peut être agréable de longer paisiblement la rivière du Nord et la rivière des Outaouais.  Partout où l’on circule, on se trouve dans un environnement inspirant où les activités ne manquent pas. Circuit d’interprétation, observation de la faune ailée, randonnée pédestre, vélo sur la Route verte, plateformes de pêche, rampes de mise à l’eau et tour d’observation sont autant de possibilités pour trouver son plaisir. On ne peut passer sous silence la magnifique passerelle Desjardins d’Argenteuil, suspendue au-dessus de la rivière du Nord et s’étirant sur 65 mètres pour relier l’ile aux Chats à Carillon. C’est une imposante structure dont la visite vaut le détour.

Du côté des rives…

Piéton ou cycliste, on traverse sur l’autre rive de l’Outaouais, à Pointe-Fortune en Montérégie, par le traversier Le Passeur qui offre une vue imprenable des deux villages riverains à bien peu de frais. Avis aux amateurs de photographie en particulier !

canot route d’Argenteuil qui s’étend sur 11 kilomètres le long de la rivière du Nord, de Lachute à la halte routière du village de Saint-André. La première partie se fait en eau calme. Enclavé entre des arbres majestueux, le cours d’eau traverse des terres agricoles où alternent troupeaux de vaches et champs de maïs. Un grand héron solitaire risque d’être l’accompagnateur tout au long de l’aventure. L’eau vive de la deuxième partie vient donner du piquant au périple et faire monter d’un cran l’exercice. Tout en croisant sur l’eau le boisé Von Allmen et la passerelle Desjardins, on longe des chalets de vacanciers d’apparence rustique à cossue. Les outardes en groupe prennent le relais du héron solitaire.

De retour au camping, on renoue inévitablement avec l’armada d’outardes en colloque annuel. Leur battement d’ailes tient lieu de signal marquant la fin d’une étape. À chacun de leur départ vers le sud, on sait sans l’ombre d’un doute que le cycle d’une saison de camping vient d’être bouclé. On sait également qu’il y en aura une prochaine…

Par Ginette Rochon
Magazine Camping Caravaning, vol. 18/no 7, octobre-novembre 2012.

 

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