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Horizon Lussier
No worries, mate - L'Australie en autocaravane Version imprimable

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Par : Dany Coulombe

Camper à l’autre bout du monde, sur une terre tout en contrastes, c’est ce dont rêvait notre journaliste. L’Australie fantasmée diffère-t-elle de la réalité ? Pour le savoir, il fallait y aller…

Le trajet en taxi depuis l’aéroport de Cairns a pris 10 minutes, tout au plus. L’entreprise de location chez qui nous avons réservé notre autocaravane se nomme Backpacker, mais il semble, d’après l’enseigne, que Britz, Backpacker et Maui ne soient en fait qu’une seule et même compagnie. Ça fait déjà plus d’une semaine que Sylvie et moi sommes en Australie. Notre exploration de Melbourne, dans le sud-est nous a donné l’occasion de nous familiariser avec l’accent (un peu chantant, c’est joli) et les expressions (sheila sur une porte indique les toilettes pour les dames…). Grâce à notre copain australien Gil, nous avons même eu la chance de pratiquer la conduite automobile à gauche et le bon usage des fameux turnabouts, ces ronds-points que l’on trouve un peu partout à la place de nos arrêts.

ausstralie1web.jpg Fort de cette expérience, je me sens assez confiant pendant qu’on charge nos bagages dans l’ autocaravane, une Toyota Hiata. Comme elle est manuelle, je fais quelques essais dans le stationnement, question de pratiquer le changement de vitesse avec la main gauche. Réconforté, je m’approche du boulevard et démarre rapidement pour m’insérer dans la circulation. BADANG ! Un bruit d’enfer brise ma bulle. J’étais somme toute assez fier de ma manoeuvre de départ jusqu’à ce que la porte du gardemanger s’ouvre brusquement et répande tout son contenu sur le plancher dans un bruit couvrant celui du moteur rugissant (et ce n’est pas peu dire). Bon. Ce n’est quand même pas si terrible. Il faudra ajuster le loquet de la porte, un jour… Nous en avons pour trois semaines à découvrir les subtilités de notre nouvelle maison sur roues. Trois semaines à parcourir un itinéraire linéaire devant nous mener de Cairns, dans le nord-est, à Brisbane, plus au sud. Un trajet qui, sur la carte, fait environ 1 800 km et prend une vingtaine d’heures si effectué directement. Mais directement, ce n’est pas notre plan. En fait, notre plan, c’est de ne pas en avoir vraiment : nous irons à notre rythme, nous explorerons les attraits naturels, nous nous imprègnerons de l’ambiance des lieux. La seule contrainte est que nous soyons à Brisbane le 29 juillet 2009 pour remettre l’autocaravane, c’est tout.

L’Australie est un pays aux multiples visages. Si le centre est essentiellement constitué de déserts de sable rouge et est très peu peuplé (hormis quelques réserves aborigènes), les côtes, et particulièrement la côte est, sont plus développées et touristiques. Le Queensland, un état du nord-est, s’affiche comme une destination tropicale décontractée, où les plages de sable blanc, les mers d’un bleu azur et les forêts subtropicales se combinent aux services et attraits multiples des villes modernes. Nous sommes au début juillet. Hier, nous étions encore à Melbourne où c’est l’hiver. Le temps était frais, humide. Alors que je roule sur l’autoroute 44 en direction nord à la sortie de Cairns, je profite de la douce chaleur tropicale, toutes vitres baissées. Sortir de Cairns n’a pas été difficile, même si c’est la quatrième plus grosse agglomération du Queensland et qu’ici, c’est la haute saison touristique, puisque c’est l’hiver…

Bref, je roule vers le nord et ne sais pas vraiment où je vais. En fait, notre première destination officielle est le parc national de Daintree, mais le seul camping géré par l’État est complet. J’enfile donc les turnabouts un après l’autre avec de plus en plus d’assurance tandis que la route devient rapidement à une seule voie et que Sylvie, ma copilote préférée, consulte la carte HEMA achetée plus tôt (un super achat… comme l’avenir le révélera !). Nous décidons de mettre le cap sur le parc national de Barron Gorge, beaucoup moins connu, afin de tenter d’y passer la nuit : aucune réservation acceptée, premier arrivé, premier servi. L’autocaravane gémit sur la route étroite, très abrupte et tortueuse, qui nous mène au camping situé dans les montagnes, plus à l’ouest. Il n’est pas rare que j’aie à mettre la première vitesse… Sylvie ne veut pas conduire, elle se tient plutôt à deux mains. Le doute s’installe. Sommes-nous au bon endroit ? Pas de panneau indicateur, pas de poste d’accueil, rien. Soudain au fond d’un cul-de-sac, nous devinons la présence d’une halte routière. C’est la fin de l’après-midi et il commence à faire sombre déjà. Ça doit être l’endroit que la très sympathique employée de Queensland Parks à Cairns nous avait indiqué. Il y a cinq emplacements de camping bien séparés les uns des autres, une toilette sèche, une source d’eau potable et surtout, surtout, un fabuleux barbecue protégé d’une toiture avec en prime, le gaz fourni. Et pas âme qui vive… Génial ! À la lampe frontale, je tente de démêler les coupures de dollars australiens afin de payer les 5 AUD par personne que nous coutera notre première nuit dans le nord-est australien. Je glisse le tout dans une enveloppe que je dépose dans la borne d’autoperception.

C’est au « chant » des kookaburras que débute la journée. Ces oiseaux ont un rire qui s’apparente d’ailleurs plus au cri du singe qu’au gazouillement d’un pinson… Grâce au cellulaire que mon copain australien m’a prêté et à la carte d’appel achetée, nous avons confirmation que le camping de Daintree est toujours complet pour les prochaines journées. Nous décidons donc d’explorer le parc de Barron Gorge. S’ensuit une série de randonnées en forêt mémorables : plantes épiphytes, troncs d’arbres immenses et torturés, termitières et le fameux stinging tree aux feuilles de latex toxique, mais surtout… les excréments verts d’un animal inconnu. Nous apprendrons plus tard qu’il s’agissait d’un casoar, un immense oiseau semblable à l’autruche qui peut parfois être agressif. Puis, une visite de la gorge Barron elle-même et un petit tour au marché aborigène de Kurunda complètent notre séjour dans le coin. C’est toujours complet à Daintree. Tant pis, nous irons voir en personne !

australie3web.jpg La route devient de plus en plus étroite, les villages de plus en plus éloignés les uns des autres. Je décide de faire le plein (de petrol, pas de gas qui désigne plutôt un mélange de butane et de propane) dans une station qui indique être le dernier poste avant Daintree. Bon choix. La traversée de la rivière Daintree (infestée de crocodiles) à l’aide d’une barge à câbles nous fait entrer dans un autre monde : la forêt semble impénétrable, la route est étroite et sinueuse. De toute beauté ! Finalement, il se révèle que le parc national de Daintree est très touristique et qu’une multitude de campings privés, restaurants et centres de services sont installés en son centre. Nous trouvons un camping privé tout à fait raisonnable à environ 30 AUD par nuitée, eau et électricité fournies. Il y a même des douches chaudes (gratuites) et la possibilité d’utiliser des laveuses- sécheuses payantes. J’en profite pour refaire le plein de la réserve d’eau et recharger les batteries, car même si nous faisons attention, nous avons une autonomie d’au plus deux jours. Daintree se révèle un coup de coeur. L’accès aux plages et aux nombreux sentiers de randonnée parcourant les mangroves est gratuit. Nous nous en donnons à coeur joie. Finalement, la cerise sur le sundae vient le dernier jour : de la plongée en apnée au-dessus de la Grande Barrière de corail.

Des poissons multicolores, une eau cristalline et chaude, des coraux superbes ! C’est ici, près du cap Tribulation, que le récif est le plus près de la côte et le moins endommagé. Une journée dans l’eau salée ne pouvait se terminer que par une rafraichissante baignade dans les eaux douces du Mason Hole où l’on s’élance (toujours gratuitement) à partir d’une corde de Tarzan.

Il faut bien repartir vers le sud si nous voulons arriver un jour à Brisbane… La Toyota roule bon train sur la Bruce Highway. Sylvie et moi avons pris notre permis de conduire international, ce qui nous permet d’alterner comme conducteurs. Je regarde les paysages défiler. Les noms aborigènes côtoient ceux à consonance plus anglophone : les gorges de Mossman, la chute Wallaman dans le parc Girrigun, Wooroonooran… Hormis les nombreux arrêts pour faire le plein d’essence, nous profitons des étals qui se succèdent le long de la route pour acheter des produits frais : bananes, melons de toute sorte et autres fruits plus ou moins inconnus, mais surtout des noix de macadam à un prix dérisoire. Il nous faudra bien une heure ou deux d’ailleurs pour briser leur coquille très dure avec deux pierres avant de pouvoir les déguster.

Il y a des champs de canne à sucre à perte de vue. Le soir venu, le ciel s’enflamme parfois des feux allumés par les cultivateurs : impressionnant spectacle aux bénéfices environnementaux douteux. Les jours se suivent et la routine s’installe. Le soir dans le camping-car, Sylvie consulte les cartes et les guides touristiques pendant que je transfère les photos sur le portable et que j’entre les métadonnées. Nous décidons alors de l’itinéraire du lendemain. Le départ, au matin, ne se fait jamais très tard, sachant que la plupart des campings cessent d’accueillir les touristes vers 18 h, dès qu’il fait noir. 

L’ile Magnetic nous attire… Nous avons entendu dire qu’il s’y trouvait des plages magnifiques, des sentiers de randonnée intéressants et surtout, une multitude de koalas sauvages ! Comme il est trop dispendieux d’y amener notre autocaravane pour une seule nuit, nous prenons le traversier en partance de Townsville pour y passer la journée, à pied. Si le capitaine Cook a raté l’ile en raison des folies de sa boussole à cet endroit, la nôtre a bien fait d’y pointer. Quelle journée idyllique ! D’une plage à l’autre, nous marchons en forêt dans un sentier bien balisé en gardant l’oeil ouvert. Nous apercevons des koalas, bien sûr, mais aussi de nombreux oiseaux comme des perroquets (black cockatoos).

australie4web.jpgDans les jours qui suivent, un problème majeur se dresse à l’horizon. Il est clair maintenant que le temps file trop vite et qu’il y a trop de choses à voir et à faire. Les choix sont difficiles. Pour des raisons économiques, mais aussi de gout, nous évitons les endroits très touristiques pour nous concentrer sur ceux moins connus, plus authentiques. Les jours se suivent et les parcs nationaux aussi (toujours gratuits). Nous explorons les parcs de Hillsborough, les villages de 1770 et Tin Can Bay et la fameuse distillerie de Bundaberg (mmmmm ! du rhum…). Sur la A1, au nord de Rockhampton, les carcasses de kangourous morts s’accumulent le long de la route. Je comprends mieux pourquoi tant d’autos et de camions arborent une impressionnante tubulure protectrice à l’avant en guise d’ornement… Jem’inquiète toutefois que ma Toyota n’en soit pas équipée. La carte HEMA se révèle très utile pour nous indiquer l’emplacement des quelque 43 haltes routières où l’on peut passer gratuitement la nuit. Génial. Le nombre de VR de toutes sortes et de toutes marques est ahurissant. C’est vraiment la façon idéale d’explorer un si grand pays. Au fil des semaines, j’ai développé un grand respect pour la signalisation routière : un virage se prend vraiment à la vitesse recommandée et s’il est indiqué que le chemin n’est praticable qu’en véhicule quatre roues motrices et bien, c’est vrai ! Ce dernier point nous a d’ailleurs passablement limités, plusieurs routes secondaires nous étant tout simplement interdites (nos assurances ne nous le permettaient pas, de toute façon).

Le voyage s’achève. Si l’ile Fraser, avec ses 120 km de long, est la plus grande ile de sable au monde, elle fait aussi partie du parc national Great Sandy, près de Brisbane. Les frais pour se rendre sur l’ile et y faire du véhicule tout terrain sont tout simplement hors de notre budget. Qu’à cela ne tienne, nous campons pour quelques dollars juste en face, nous explorons la fabuleuse plage Rainbow et surtout, surtout, nous marchons comme dans un désert sur les plus imposantes dunes de sable au monde : Carlo Sandblow. Un souvenir mémorable… et toujours gratuit.

Le retour dans la grande ville est un peu brutal. Brisbane est la capitale du Queensland et a tout d’une mégapole. Nous réussissons à dénicher un hôtel un peu miteux pour la modique somme de 100 AUD et nous remettons un peu tristement le camping-car à l’entreprise de location. Somme toute, ce n’est pas 1 800 km, mais bien plus de 2 500 km que nous avons parcourus depuis Cairns jusqu’ici et non pas 20 heures, mais bien trois semaines que cela nous a pris… C’est à pied maintenant et à l’aide du très rapide catamaran CityCat que nous découvrons l’architecture de la ville et surtout South Bank et ses cafés. Puis, c’est l’avion vers Sydney et l’interminable vol transpacifique vers la maison. Mais je n’ai qu’à fermer les yeux et les images de l’Australie se bousculent dans ma tête. Je suis au Québec depuis plus d’une semaine maintenant, mais me surprends encore à donner un petit coup d’essuie-glace plutôt que d’abaisser la manette des clignotants lorsque je veux tourner… Bof, je vais me rhabituer un jour, ça doit être le décalage horaire…

Pour info :
Il semble que l’Australie soit une terre de prédilection pour les adeptes de caravaning. Le nombre d’entreprises offrant des services de location est important et les prix très compétitifs. Les véhicules rencontrés le plus souvent appartenaient à l’une de ces compagnies : www.backpackercampervans.com ; www.maui-rentals.com ou www.britz.com.

Ces trois noms sont en fait des marques de commerce de la même firme. Il est à noter que Maui propose des véhicules récents et plus luxueux alors que Backpacker vise une clientèle moins fortunée avec des véhicules plus anciens (mais bien entretenus...).

Autres options :
www.apollocamper.com/camping-cars/australie/default.aspx
www.jucy.com.au
www.wickedcampers.com.au
Cette dernière entreprise propose de vieux véhicules...et l’aventure. Le confort est rudimentaire et les prix légèrement plus bas (mais pas tant que ça !). La clientèle cible est très jeune.