Le magazine des passionnés et des experts
en camping et en caravaning
| No worries, mate - L'Australie en autocaravane |
|
|
Par : Dany Coulombe Camper à l’autre bout du monde, sur une terre tout en contrastes, c’est ce dont rêvait notre journaliste. L’Australie fantasmée diffère-t-elle de la réalité ? Pour le savoir, il fallait y aller… Le trajet en taxi depuis l’aéroport de Cairns a pris 10 minutes, tout au plus. L’entreprise de location chez qui nous avons réservé notre autocaravane se nomme Backpacker, mais il semble, d’après l’enseigne, que Britz, Backpacker et Maui ne soient en fait qu’une seule et même compagnie. Ça fait déjà plus d’une semaine que Sylvie et moi sommes en Australie. Notre exploration de Melbourne, dans le sud-est nous a donné l’occasion de nous familiariser avec l’accent (un peu chantant, c’est joli) et les expressions (sheila sur une porte indique les toilettes pour les dames…). Grâce à notre copain australien Gil, nous avons même eu la chance de pratiquer la conduite automobile à gauche et le bon usage des fameux turnabouts, ces ronds-points que l’on trouve un peu partout à la place de nos arrêts.
L’Australie est un pays aux multiples visages. Si le centre est essentiellement constitué de déserts de sable rouge et est très peu peuplé (hormis quelques réserves aborigènes), les côtes, et particulièrement la côte est, sont plus développées et touristiques. Le Queensland, un état du nord-est, s’affiche comme une destination tropicale décontractée, où les plages de sable blanc, les mers d’un bleu azur et les forêts subtropicales se combinent aux services et attraits multiples des villes modernes. Nous sommes au début juillet. Hier, nous étions encore à Melbourne où c’est l’hiver. Le temps était frais, humide. Alors que je roule sur l’autoroute 44 en direction nord à la sortie de Cairns, je profite de la douce chaleur tropicale, toutes vitres baissées. Sortir de Cairns n’a pas été difficile, même si c’est la quatrième plus grosse agglomération du Queensland et qu’ici, c’est la haute saison touristique, puisque c’est l’hiver… Bref, je roule vers le nord et ne sais pas vraiment où je vais. En fait, notre première destination officielle est le parc national de Daintree, mais le seul camping géré par l’État est complet. J’enfile donc les turnabouts un après l’autre avec de plus en plus d’assurance tandis que la route devient rapidement à une seule voie et que Sylvie, ma copilote préférée, consulte la carte HEMA achetée plus tôt (un super achat… comme l’avenir le révélera !). Nous décidons de mettre le cap sur le parc national de Barron Gorge, beaucoup moins connu, afin de tenter d’y passer la nuit : aucune réservation acceptée, premier arrivé, premier servi. L’autocaravane gémit sur la route étroite, très abrupte et tortueuse, qui nous mène au camping situé dans les montagnes, plus à l’ouest. Il n’est pas rare que j’aie à mettre la première vitesse… Sylvie ne veut pas conduire, elle se tient plutôt à deux mains. Le doute s’installe. Sommes-nous au bon endroit ? Pas de panneau indicateur, pas de poste d’accueil, rien. Soudain au fond d’un cul-de-sac, nous devinons la présence d’une halte routière. C’est la fin de l’après-midi et il commence à faire sombre déjà. Ça doit être l’endroit que la très sympathique employée de Queensland Parks à Cairns nous avait indiqué. Il y a cinq emplacements de camping bien séparés les uns des autres, une toilette sèche, une source d’eau potable et surtout, surtout, un fabuleux barbecue protégé d’une toiture avec en prime, le gaz fourni. Et pas âme qui vive… Génial ! À la lampe frontale, je tente de démêler les coupures de dollars australiens afin de payer les 5 AUD par personne que nous coutera notre première nuit dans le nord-est australien. Je glisse le tout dans une enveloppe que je dépose dans la borne d’autoperception. C’est au « chant » des kookaburras que débute la journée. Ces oiseaux ont un rire qui s’apparente d’ailleurs plus au cri du singe qu’au gazouillement d’un pinson… Grâce au cellulaire que mon copain australien m’a prêté et à la carte d’appel achetée, nous avons confirmation que le camping de Daintree est toujours complet pour les prochaines journées. Nous décidons donc d’explorer le parc de Barron Gorge. S’ensuit une série de randonnées en forêt mémorables : plantes épiphytes, troncs d’arbres immenses et torturés, termitières et le fameux stinging tree aux feuilles de latex toxique, mais surtout… les excréments verts d’un animal inconnu. Nous apprendrons plus tard qu’il s’agissait d’un casoar, un immense oiseau semblable à l’autruche qui peut parfois être agressif. Puis, une visite de la gorge Barron elle-même et un petit tour au marché aborigène de Kurunda complètent notre séjour dans le coin. C’est toujours complet à Daintree. Tant pis, nous irons voir en personne !
Des poissons multicolores, une eau cristalline et chaude, des coraux superbes ! C’est ici, près du cap Tribulation, que le récif est le plus près de la côte et le moins endommagé. Une journée dans l’eau salée ne pouvait se terminer que par une rafraichissante baignade dans les eaux douces du Mason Hole où l’on s’élance (toujours gratuitement) à partir d’une corde de Tarzan. Il faut bien repartir vers le sud si nous voulons arriver un jour à Brisbane… La Toyota roule bon train sur la Bruce Highway. Sylvie et moi avons pris notre permis de conduire international, ce qui nous permet d’alterner comme conducteurs. Je regarde les paysages défiler. Les noms aborigènes côtoient ceux à consonance plus anglophone : les gorges de Mossman, la chute Wallaman dans le parc Girrigun, Wooroonooran… Hormis les nombreux arrêts pour faire le plein d’essence, nous profitons des étals qui se succèdent le long de la route pour acheter des produits frais : bananes, melons de toute sorte et autres fruits plus ou moins inconnus, mais surtout des noix de macadam à un prix dérisoire. Il nous faudra bien une heure ou deux d’ailleurs pour briser leur coquille très dure avec deux pierres avant de pouvoir les déguster. Il y a des champs de canne à sucre à perte de vue. Le soir venu, le ciel s’enflamme parfois des feux allumés par les cultivateurs : impressionnant spectacle aux bénéfices environnementaux douteux. Les jours se suivent et la routine s’installe. Le soir dans le camping-car, Sylvie consulte les cartes et les guides touristiques pendant que je transfère les photos sur le portable et que j’entre les métadonnées. Nous décidons alors de l’itinéraire du lendemain. Le départ, au matin, ne se fait jamais très tard, sachant que la plupart des campings cessent d’accueillir les touristes vers 18 h, dès qu’il fait noir. L’ile Magnetic nous attire… Nous avons entendu dire qu’il s’y trouvait des plages magnifiques, des sentiers de randonnée intéressants et surtout, une multitude de koalas sauvages ! Comme il est trop dispendieux d’y amener notre autocaravane pour une seule nuit, nous prenons le traversier en partance de Townsville pour y passer la journée, à pied. Si le capitaine Cook a raté l’ile en raison des folies de sa boussole à cet endroit, la nôtre a bien fait d’y pointer. Quelle journée idyllique ! D’une plage à l’autre, nous marchons en forêt dans un sentier bien balisé en gardant l’oeil ouvert. Nous apercevons des koalas, bien sûr, mais aussi de nombreux oiseaux comme des perroquets (black cockatoos).
Le voyage s’achève. Si l’ile Fraser, avec ses 120 km de long, est la plus grande ile de sable au monde, elle fait aussi partie du parc national Great Sandy, près de Brisbane. Les frais pour se rendre sur l’ile et y faire du véhicule tout terrain sont tout simplement hors de notre budget. Qu’à cela ne tienne, nous campons pour quelques dollars juste en face, nous explorons la fabuleuse plage Rainbow et surtout, surtout, nous marchons comme dans un désert sur les plus imposantes dunes de sable au monde : Carlo Sandblow. Un souvenir mémorable… et toujours gratuit. Le retour dans la grande ville est un peu brutal. Brisbane est la capitale du Queensland et a tout d’une mégapole. Nous réussissons à dénicher un hôtel un peu miteux pour la modique somme de 100 AUD et nous remettons un peu tristement le camping-car à l’entreprise de location. Somme toute, ce n’est pas 1 800 km, mais bien plus de 2 500 km que nous avons parcourus depuis Cairns jusqu’ici et non pas 20 heures, mais bien trois semaines que cela nous a pris… C’est à pied maintenant et à l’aide du très rapide catamaran CityCat que nous découvrons l’architecture de la ville et surtout South Bank et ses cafés. Puis, c’est l’avion vers Sydney et l’interminable vol transpacifique vers la maison. Mais je n’ai qu’à fermer les yeux et les images de l’Australie se bousculent dans ma tête. Je suis au Québec depuis plus d’une semaine maintenant, mais me surprends encore à donner un petit coup d’essuie-glace plutôt que d’abaisser la manette des clignotants lorsque je veux tourner… Bof, je vais me rhabituer un jour, ça doit être le décalage horaire…
Pour info : Ces trois noms sont en fait des marques de commerce de la même firme. Il est à noter que Maui propose des véhicules récents et plus luxueux alors que Backpacker vise une clientèle moins fortunée avec des véhicules plus anciens (mais bien entretenus...).
Autres options : |