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Les campeurs font-ils de bons propriétaires de camping ? Version imprimable

Les gens de 35 ans et plus se souviennent surement de cette phrase légendaire de Victor Kiam, défunt président des rasoirs Remington, dans une pub des années 1980 : « Je l’aimais tellement que j’ai acheté la compagnie ! » Camping Caravaning constate que quelques campeurs l’ont imité.

Par : Claudine Hébert

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«Plus besoin de se casser la tête pour réserver un emplacement, j’ai acheté le camping ! », lance d’emblée Roger Labranche, copropriétaire du camping Plage des Sources, à Wickham, dans le Centre-du-Québec.

Roger Labranche est l’un de ces campeurs ayant tellement aimé son expérience sur le camping où il résidait qu’il n’a pas hésité à en devenir luimême propriétaire. Après 2 ans à titre de saisonnier, l’homme de 51 ans a acheté les parts d’un des quatre actionnaires de l’établissement qui souhaitait prendre sa retraite, en 2006. En plus d’être proprio, il continue d’y camper à temps plein.

Cet ex-patron d’une compagnie de transport caresse d’ailleurs de très beaux plans d’expansion pour son établissement. D’ici la fin de l’automne, 300 autres emplacements s’ajouteront aux 449 emplacements actuels, y compris une salle communautaire. « Ce sera un secteur idéal pour recevoir des clubs et autres organismes », rapporte M. Labranche, tout heureux d’avoir l’occasion de vivre cette seconde carrière.

vedette3.jpg Un emploi à temps plein Il arrive que certains campeurs sous-estiment l’ampleur de la tâche. Parlez-en à Yvon Charbonneau, propriétaire du camping Saint-André-Avellin, dans l’Outaouais. Originaire d’Orléans, en Ontario, cet installateur de céramique cherchait, en 1999, un terrain de camping, car il songeait à un changement de carrière à l’aube de ses 40 ans. Il s’attendait, certes, à devenir gestionnaire… mais pas G.O. d’un Club Med ! « J’ignorais que les campeurs québécois réclamaient toute une panoplie d’activités pendant leur séjour. C’est assez différent des campings ontariens où j’ai campé dans le passé », admet Yvon Charbonneau. À un point tel qu’après trois ans, lui et sa conjointe Diane, ont fortement songé à vendre leur village de 178 emplacements.

La tempête a fini par passer. Aujourd’hui, 12 ans plus tard, Yvon Charbonneau accepte que son horaire soit composé de semaines de 70 à 80 heures de travail de la mi-mai jusqu’à la mi-octobre. « J’ai aussi embauché des animateurs », ajoute-t-il. Le proprio a également remplacé le sempiternel bingo par d’autres activités tels un rallye-poker, des tournois de volleyball, une soirée d’astronomie et même une pièce de théâtre. Tant qu’à organiser des activités, le couple Charbonneau a choisi des activités qu’il aime bien.

Savoir dans quoi « on s'embarque »

Selon le courtier immobilier André Blain, la grande majorité des acheteurs de terrains de camping savent dès le départ qu’ils achètent un « job » de six mois par année. « Une préretraite assez active », souligne ce courtier de Century 21, qui se spécialise, depuis 1993, dans la vente de terrains de camping. Son C.V. comprend plus de 140 ventes, dont une quarantaine de terrains revendus une deuxième fois.

Pour que la gestion du camping puisse devenir un boulot à temps plein pour un couple, le courtier, par expérience, suggère aux acheteurs de privilégier des terrains d’au moins 125 emplacements. « C’est un minimum pour assurer un revenu convenable pour deux personnes. Sinon un des deux doit conserver son boulot à l’extérieur », observe-t-il.

Danielle Pear et Denis Chénard du camping au Soleil Levant, à Saint-Eugène-de-Grantham, dans le Centre-du-Québec, peuvent en témoigner. Après avoir campé presque partout en Amérique du Nord, ce couple a eu l’idée - en fait, c’est Denis qui insistait - d’acheter son propre camping pour vivre sa passion à temps plein. La transaction a été complétée il y a cinq ans. Le couple dans la quarantaine, s’est toutefois vite rendu compte que les revenus de la centaine d’emplacements ne suffisaient pas pour subvenir aux besoins de la famille. Denis a conservé son boulot d’électricien industriel et Danielle a hérité du contrat de gestion du camping…

Pour des raisons de santé, le couple souhaite actuellement vendre la propriété. « On ne le fait pas par gaieté de coeur », tient à souligner Danielle Pear, qui prenait gout à cet emploi. Au fil des ans, le couple a revampé les blocs sanitaires des lieux, agrandit la salle communautaire et refait la cuisine du camping. Danielle et Denis ont également fait installer un spa réservé aux adultes. Bref, ils ont aménagé un camping à l’image de ce qu’ils adoraient voir d’un endroit à l’autre. « Notre seul regret, dans toute cette aventure, est d’avoir voulu acheter trop vite », concède la proprio. Le couple, qui a acheté le terrain de camping en hiver, a eu quelques surprises le printemps venu. Des blocs sanitaires étaient en mauvais état et l’ampérage était beaucoup plus faible que ce qui était inscrit au contrat. Des ajustements pour lesquels ils ont assumé eux-mêmes les frais, refusant ainsi d’aller perdre du temps et de l’argent en cour contre ancien propriétaire. « Si vous n’êtes pas déjà un campeur de l’endroit, allez au moins camper un weekend sur le terrain avant de l’acheter », conseille judicieusement Danielle Pear aux futurs acheteurs.

Pourquoi pas la formule coop ?

Il ne suffit pas d’avoir la vocation ou les meilleures installations pour devenir propriétaire d’un terrain de camping. Encore faut-il avoir les moyens de se l’offrir.

« La plupart des institutions bancaires exigent une mise de fonds d’au moins 50 % pour accorder un prêt à ce type d’achat. Certaines Caisses Populaires Desjardins peuvent accepter 40 %, mais c’est l’exception », rapporte le courtier immobilier André Blain. Puisqu’aujourd’hui le prix moyen d’un terrain de camping frôle le million de dollars, la mise de fonds exigée a de quoi refroidir les ardeurs de nombreux campeurs.

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À Beauport, les saisonniers du camping Saint-Esprit ont trouvé une solution pour consolider leur mise de fonds : la coopérative. Lorsque les ex-propriétaires ont décidé de vendre le terrain en 2006, plusieurs saisonniers ont craint de voir leur environnement bouleversé. Mais comment trouver la mise de fonds exigée pour l’achat d’un terrain de camping d’un peu plus d’un million de dollars ? « En optant pour la formule coopérative, notre institution bancaire acceptait le tiers du montant pour une mise de fonds. Nous avons été 160 saisonniers, sur les 200 que comptait le camping, ayant accepté de verser 2 000 $ pour l’acquisition d’une part sociale. Cette stratégie a permis d’amasser les 320 000 $ nécessaire pour obtenir le prêt », explique Claude Rhéaume de la Coop Camping Saint-Esprit, à Beauport. M. Rhéaume, lui-même campeur-sociétaire, est président de la coopérative depuis 2009. En plus d’être propriétaire-sociétaire de leur camping, les saisonniers, membres de la coopérative, économisent de 15 % à 20 % sur leurs frais annuels liés à l’utilisation du camping. Et la part sociale est remboursée intégralement au départ du saisonnier.

Pour rembourser plus rapidement leur achat, les membres de la Coop Camping Saint-Esprit ont agrandi leur terrain d’une centaine d’emplacements. L’établissement compte plus de 400 emplacements, dont plus de 274 saisonniers. « Soixante-dix autres saisonniers ont accepté de payer, eux aussi, une part sociétale », rapporte M. Rhéaume. En moins de cinq ans, la moitié de la dette est déjà acquittée.

 

Pour info
Camping Plage des Sources
www.campingdessources.ca

Camping Saint-André-Avellin
www.campingstandre.ca

Camping au Soleil Levant
www.campingausoleillevant.com

Coop Camping Saint-Esprit
www.campingsaintesprit.com

André Blain, courtier immobilier
www.century21.ca/andre.blain

 

 

 

 
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